À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Nous sommes le 21 juillet 1986. Avant son départ pour un congrès médical à Montréal, Amelia Rockford, journaliste scientifique américaine, rend visite à son père, Jonathan Rockford, savant atomiste. Surveillé par des agents, il remet à sa fille une serviette, qu’elle doit cacher dans sa valise et lire son contenu seulement après le congrès. Cette fuite sur l’opération Survie, opération dans laquelle le savant est impliqué, va entraîner sa fille dans une histoire de vol par une organisation terroriste. Heureusement, grâce aux actions menées par Wilbur Blakeley, agent de la C.I.A., ainsi qu’avec la coopération de la G.R.C. et de la police de Montréal, la serviette sera finalement récupérée avant que les terroristes n’aient pu révéler des informations cruciales à l’humanité entière.
Amelia ainsi que Claude Tremblay – journaliste scientifique québécois avec qui elle a rapidement développé des liens intimes – sont invités par Blakeley à le suivre à Washington pour les dernières étapes de l’opération Survie. Là-bas, le couple est hébergé dans un hôtel, sous haute surveillance militaire, dans lequel est rassemblée l’élite mondiale de la science et des médias. Dans la nuit du 1er au 2 août, cette élite est déplacée par autobus et avion vers Meteor Crater, en Arizona, un lieu également surveillé par l’armée américaine.
Dans une salle de conférence construite pour l’occasion, le général Browny et Jonathan Rockford, directeur scientifique de l’opération Survie, présentent les prémisses du projet. En effet, en 1966, une expédition géologique à Meteor Crater a mené à la découverte d’un cube d’origine extérieure à la Terre. Après analyse, ce cube a dévoilé par télépathie un message, qui explique la présence d’une Machine infernale, nom donné à une sphère extraterrestre dont son rayonnement rend les êtres humains plus violents. Et ce, depuis son écrasement sur Terre, il y a 30 000 ans.
Selon les calculs scientifiques, la Machine infernale cessera de fonctionner dans les prochaines minutes. Toutefois, au lieu de s’arrêter au moment prévu, celle-ci se met à vibrer de plus en plus fort, au point d’éclater et de provoquer un tremblement de terre. Heureusement, cet incident crée plus de peur que de mal.
Avec la destruction de la Machine, une nouvelle ère de paix vient de commencer. Or, l’opération est loin d’être terminée, puisqu’il faudra mettre en place de vastes campagnes destinées à informer le public et à prévenir tout mouvement de panique.
Commentaires
Avec 1986 mission fantastique, nous plongeons en terrain connu pour Claude Mac Duff. En effet, avant que celui-ci ne devienne auteur de romans, Mac Duff a publié Le Procès des soucoupes volantes (1975), un ouvrage sur les objets volants non identifiés au Québec. Il était donc naturel que les extraterrestres soient au cœur de ce roman.
Et si les extraterrestres avaient une influence sur l’évolution de l’humanité ? Voilà la thèse proposée dans 1986 mission fantastique, alors qu’une Machine infernale, dissimulée à plus de deux kilomètres sous la surface par une race extraterrestre malveillante, amène les êtres humains à être plus violents à cause des rayons qu’elle émet. Bien que cette thèse soit farfelue, il faut tenir compte du contexte de l’époque. Au moment de la publication de ce roman, la guerre froide a toujours lieu entre les États-Unis et l’URSS alors que la guerre du Vietnam a pris fin en 1975. Quelques mois plus tôt, en mars 1979, l’accident nucléaire de Three Mile Island en Pennsylvanie a eu des effets sur l’opinion publique. Et c’est sans compter la théorie des anciens astronautes, théorie popularisée dans les années 1960 et selon laquelle des extraterrestres ont apporté aux Terriens des connaissances dans différents domaines (architecture, mathématiques, astronomie, etc.).
Tous ces événements ont mené à une réflexion intéressante sur l’éthique en recherche, mais aussi sur la source profonde de la violence humaine. Et ce, appuyé par l’existence d’un véritable cratère d’impact, Meteor Crater, qui, toutefois, s’est formé il y a 50 000 ans et non 30 000 ans. Autre erreur repérée dans le roman : dans l’illustration des pages 190 et 191, on indique que la Machine infernale a été découverte en 1962. Or, c’est impossible, puisque le cube télépathique, découvert avant la Machine infernale, a été extirpé en 1966.
Malgré cela, je dois souligner l’inventivité de l’auteur, qui prend soin de répondre aux questions que les lecteurs auraient pu se poser tout au long du roman. Par exemple, pour expliquer l’absence d’impulsions violentes sur le site du cratère, la réponse se trouve dans le design de la Machine infernale. Cette dernière est une sphère unie sur toute sa surface extérieure, sauf sur le dessus, où se trouve une dépression concave démunie d’antennes émettrices de rayons. Quant à savoir s’il s’agit d’un défaut de fabrication ou d’un élément nécessaire au bon fonctionnement de la Machine, les chercheurs n’en savent rien, ce qui est plutôt pratique comme explication.
Attardons-nous maintenant à l’histoire qui, malheureusement, comporte plusieurs lacunes. L’intrigue la plus faible, selon moi, est l’histoire d’amour entre Amelia Rockford et Claude Tremblay qui se déroule trop rapidement à mon goût. Bien qu’il soit possible que des liens se forment après des événements traumatisants, comme l’affaire de la serviette, il est peu probable que deux personnes, qui se connaissent à peine, se fiancent en moins de deux semaines. De plus, leurs ébats sexuels n’apportent rien à l’histoire et auraient pu se passer de descriptions.
Toujours dans les descriptions, l’auteur fait usage de male gaze lorsqu’il est question de corps féminins. À titre d’exemple, pour Amelia : « Elle avait revêtu une blouse fleurie, de tissu léger et transparent, et à l’encolure très évasée ; serrée à la taille, cette blouse faisait bien ressortir sa poitrine généreuse dont on voyait la courbure supérieure dans le large décolleté. Elle avait aussi changé de jupe, et celle-ci permettait d’admirer ses jambes au galbe séduisant. »
Cette description est peut-être acceptable pour un roman érotique, mais pour un roman de science-fiction, cela n’a aucun intérêt. Et c’est tout à fait curieux que l’auteur ait donné son prénom à l’un des amoureux.
Toutefois, la force de Mac Duff se trouve dans l’action et le suspense, alors qu’il décrit avec violence les descentes des forces policières à l’endroit de l’organisation terroriste. Malheureusement, il est dommage que le seul personnage noir, rare élément de diversité culturelle, soit un terroriste abattu par Wilbur Blakeley. Néanmoins, cet agent de la C.I.A. est, selon mon avis, l’un des plus intéressants personnages du roman, qui n’hésite pas à torturer un terroriste sur son lit d’hôpital pour mener à bien son enquête. De plus, contrairement aux autres personnages, celui-ci va connaître une fin tragique. Réalisant l’inutilité de son département d’espionnage et de surveillance dans une ère de paix, il met fin à ses jours avec son Magnum .357.
Concernant les autres personnages, ils auraient gagné à avoir plus de profondeur. Je pense notamment à la panoplie de scientifiques et de personnalités des médias qui auraient pu interagir entre eux pendant leur attente à l’hôtel de Washington et lancer des hypothèses sur leur rassemblement secret. Un rassemblement qui aurait pu tellement mal tourner, connaissant la nature humaine, et qui m’a surprise par l’efficacité improbable de l’opération.
Bref, 1986 mission fantastique est loin d’être un chef-d’œuvre de la science-fiction québécoise. Cependant, il est un divertissement acceptable, qui se lit comme un film. [CH]
Références
- Gouanvic, Jean-Marc, imagine… 7, p. 89-90
- Lemieux, Jacques, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec VI, p. 546-547.
- Pettigrew, Jean, imagine… 8/9, p. 124-125.


