À propos de cette édition

Langue
Français
Éditeur
Les Quinze
Titre et numéro de la collection
Prose entière
Genre
Science-fiction
Longueur
Roman
Format
Livre
Pagination
318
Lieu
Montréal
Année de parution
1980
ISBN
2890262510
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Dès son arrivée dans le village de Pied-Bot, Agénor Clauszowitskui, débarqué d’Europe à l’âge de 28 ans, s’est fait rouler en achetant une terre où jamais rien ne reste, « ni maison, ni clôture, ni poulailler », parce qu’elle est inondée à chaque dégel. L’exilé, jurant qu’on ne l’y reprendra plus, part à la recherche d’un lieu « où il n’y a ni hommes ni rivières ». En chemin il croise Clorimont, sans domicile après un long séjour en maison de santé, et Douaire, une orpheline qui s’est enfuie d’un couvent. Ils fondent à eux trois un village baptisé, en toute logique, Sans-Hommes-Ni-Rivières.
Agénor et Douaire engendreront Marie-Clarina. Et du sang neuf ne tardera pas à affluer. Par exemple Tramore O’Brien et sa femme Estrelle, en quête d’un havre loin de leur région en proie à de graves troubles. Ou encore, dix ans plus tard, Placide Eustrope, qui fera une fille à Marie-Clarina. Las ! Placide et le bébé, consumés par les fièvres, disparaîtront aussi rapidement qu’Agénor et Douaire, morts par noyade quelques mois auparavant. Mais voilà que débarque une étrange créature verte issue de la planète Blanante, égarée sur Terre dans la foulée d’une mission d’exploration ! Marie-Clarina adopte cet extraterrestre plutôt amical et le baptise Agénor. Lui trouvera le tour, juste avant d’être repêché par une soucoupe volante venue de Blanante, d’engrosser la belle et jeune Désirée, fille de Tramore. C’est ainsi que naîtra… Agénor numéro trois !
La minuscule bourgade verra par la suite défiler les soldats « zanglais », engagés dans une interminable guerre Nord-Sud, ou encore les prospecteurs d’or en route vers la ville minière de Voldar qui, croient-ils, leur apportera la fortune. Désirée avait justement envie d’aller voir du pays. La jeune mère, son bébé et Marie-Clarina partent donc pour Voldar, qui n’a cependant rien de l’eldorado annoncé. Sous la coupe d’un certain Isidore Généreux, les mineurs travaillent comme des forçats pour un salaire de misère, dans des conditions qui les envoient droit au cimetière. Sorti de l’enfer au terme d’une longue grève – ici appelée plage ! - menée par nulle autre que Marie-Clarina, le trio arrive enfin à Ville-Dieu, la métropole, où Désirée découvre le pouvoir de ses charmes. Y naîtra un ultime Agénor, fils du troisième et de Mélodie D’Amour, femme d’Hilare Hyon, l’homme le plus puissant de la ville et l’amant en titre de Désirée.

Commentaires

Campé dans les années 1880, dans les Laurentides, ce premier roman de François Barcelo est une fable déjantée à souhait, racontée par un auteur qui s’en donne à cœur joie. Pour commencer, Sans-Hommes-Ni-Rivières, plus tard rebaptisé Sainte-Robille (en mémoire de la fille de Marie-Clarina, « morte comme une sainte »), ne ressemble à aucun autre lieu. Dans ce microcosme en dehors de la civilisation, le monde s’invente au jour le jour, selon les savoirs, les objets et les matériaux disponibles. Ainsi Douaire, forte de son éducation de couventine, apprend à sa fille à réciter des poèmes et à jouer du piano… au moyen de notes silencieuses peintes sur une planche ! Et dans ce village qui évoque le jardin d’Éden d’avant la Chute, les mœurs sont libres et les préjugés, inexistants.
L’extraterrestre venu de Blanante ne pouvait donc mieux tomber, bien que des villageois, le prenant pour un animal, aient envisagé de le manger ! Cet Agénor-là, dépourvu de bouche, ne peut parler, mais communique tout ce qu’il pense grâce à des facultés télépathiques ultradéveloppées. Les Robillois apprendront ainsi que le Blanantais a déjà un âge respectable, qu’il peut vivre presque éternellement grâce à l’implantation d’une « pile neutronique », qu’il avait été sur sa planète l’un des plus grands spécialistes de la « communication télépathique commerciale » avant de déchoir, et bien d’autres choses abracadabrantes.
L’histoire de l’extraterrestre en est une parmi plusieurs. Nous seront aussi présentées, occupant chacune un chapitre, les histoires de Tramore O’Brien, qui en sait long sur les Zanglais car il a fait la guerre, de Clorimont, échoué à l’asile de Ville-Dieu sur les conseils de son cousin psychiatre, de Clarence Boogwallow, capitaine des troupes zanglaises, du prospecteur Anatole de la Tour Magnanime, amant à la fois de Désirée et de Marie-Clarina, de la rêveuse Mélodie D’Amour, et d’autres personnages encore, convoqués à tour de rôle sur le devant de la scène. Même Dieu et son Fils en seront, le temps de livrer sur un damier une « partie de religions », tandis que le Saint-Esprit évadé de son pigeonnier traduit sur Terre les mouvements de pièces effectués par les deux joueurs.
S’il ne pèche pas par excès de style, son écriture étant plus énergique et efficace que fignolée, Barcelo est en revanche doté d’une imagination débordante et se révèle plaisant et habile conteur pouvant disserter autant sur les mœurs blanantaises que sur la (dure) vie dans les mines, dans les armées et dans la grande ville, soit Ville-Dieu, où Désirée assure le bien-être des siens en se prostituant avant de devenir la maîtresse du seul Hilare Hyon. Tout cela est évoqué sur un ton léger et distancié, mais sûrement pas dissimulé, donc. Le roman comporte ainsi un aspect de critique sociale, qui n’est toutefois pas induit par les éléments de science-fiction, comme c’est souvent le cas dans les œuvres relevant du genre. Ici la SF n’est pas prétexte à un commentaire sur notre monde : elle est véritablement l’un des moteurs d’une intrigue farfelue.
Au final, François Barcelo propose un récit jouissif dont l’action, trépidante, va un peu dans tous les sens, mais est menée tambour battant. [FB]

Références

  • April, Jean-Pierre, imagine… 8/9, p. 168-170.
  • Boivin, Jean-Roch, Le Devoir, 10-09-1988, p. C-11.
  • Grégoire, Claude, Dictionnaire des oeuves littéraires du Québec VI, p.8-9.
  • Janelle, Claude, Solaris 42, p. 28-29.