À propos de cette édition

Éditeur
imagine…
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Décollages
Pagination
68-73
Lieu
Sainte-Foy
Année de parution
1994
Support
Papier
Illustration
Jean-Marie Benoît

Résumé/Sommaire

Se disant animé par le désir de mettre à jour l’essence même de la vie, le narrateur s’adonne à la dissection. Il dégage et nettoie les squelettes de poissons pour les monter, tels de « magnifiques casse-têtes ». Un jour, il décide d’engager un apprenti, Jérôme. Cependant, le travail brouillon de Jérôme deviendra rapidement une source d’irritation. Exprimées à travers un rêve, les frustrations du narrateur envers son apprenti, de même que son obsession grandissante, le conduiront à disséquer des animaux de plus en plus variés, jusqu’à ce qu’il décide de prendre son propre chien comme premier « vrai » cobaye. De collectionneur de squelettes, il devient collectionneur d’âmes. Il transporte avec lui le crâne de Jérôme et, traversant des régions où sévit la peste, et contribuant de son propre aveu à la répandre davantage, il se porte au chevet des victimes pour recueillir leur dernier souffle.

Commentaires

Cette nouvelle fait partie du numéro spécial de la revue imagine… où les auteurs se voyaient offrir d’écrire un texte à partir de trois illustrations fournies. Ici, l’auteur répond à trois œuvres de Jean-Marie Benoît. Le récit est construit comme une gradation ascendante. Selon l’expression utilisée par le narrateur, celui-ci commence d’abord par s’intéresser à des « animaux inférieurs », pour graduer vers des espèces de plus en plus proches de l’humain. Un rêve, trop long, qui occupe à peu près le tiers de la nouvelle précipitera cette escalade.

La capture du chien, et sa dissection, marque à cet égard un pas doublement important dans la mesure où le narrateur s’attaque alors non seulement à un animal « supérieur », mais également à un animal auquel il est émotionnellement attaché. Le meurtre et la dissection de Jérôme ne sont pas décrits, mais le texte ne laisse aucune ambiguïté quant au sort de l’apprenti.

Le dernier fragment narratif présente une rupture assez brutale. Plusieurs éléments mis en place jusqu’alors pour établir l’atmosphère du texte sont abandonnés. L’image de l’anatomiste travaillant dans son laboratoire, l’image du savant reclus et méticuleux sont remplacées par celle du messager de la mort, disséminateur de peste. L’intérêt de cette rupture est de sauter par-dessus l’évidence. Tôt dans le texte, il semble clair que le narrateur en arrivera à disséquer des humains. L’entrée en scène de Jérôme nous présente la victime. Mais qu’adviendra-t-il après ? Le texte télescope ce moment charnière et nous montre le résultat.

Dans sa quête de l’essence cachée de la vie, l’anatomiste délaisse le substrat matériel que sont les squelettes et s’intéresse maintenant au souffle, intangible, rendu par la dernière expiration. Supposément, c’est dans l’âme et non dans les os que le narrateur a trouvé réponse à ses questions. De l’environnement cloîtré de son laboratoire, le protagoniste passe également au monde extérieur pour y disséminer les germes de la peste. L’évolution dans la collection aura non seulement été qualitative, mais elle aura aussi été quantitative. La structure et la logique du récit sont donc maintenues, malgré l’apparence d’une finale tarabiscotée. [MH]

  • Source : L'ASFFQ 1994, Alire, p. 61-62.