À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Deux enfants découvrent accidentellement la salle où les huit « ancêtres » attendent leur réveil prévu pour un futur lointain. Ailleurs, le Révérend Varin prêche la paix entre les classes, sur lesquelles plane une menace de guerre. Les Supérieurs – le gouvernement réuni dans la « Salle des Représentants » – le considèrent comme un révolutionnaire, et ils craignent en outre une guerre entre les zones de Terradeux, sur des enjeux technologiques et sur les ressources nutritives, notamment l’Erquatz, ingrédient secret d’une nouvelle synthèse alimentaire.
Par le biais des leçons enseignées aux enfants, on en apprend sur la Terre de jadis, sur la vaste sphère creuse qu’est Terradeux, où les « zones » tiennent lieu de pays et où une bonne part de la nature est artificielle. C’est l’arche stellaire bien connue des amateurs de SF, pilotée par des ordinateurs qui sauront quand la destination sera atteinte et présideront à l’éveil des ancêtres, lesquels sauront coordonner la suite.
Mené par son fils à la salle des ancêtres, le Révérend déclenche manuellement la séquence de réveil, tandis qu’on entend les premières explosions de la guerre. Ramenés à la vie sans séquelles, les officiers sont consternés d’apprendre que seules 89 années se sont écoulées – et non 10,089 ni même 1089. Consternés surtout d’apprendre que les humains du présent ne sont pas plus pacifistes ou altruistes que les anciens, et que leur éthique n’est pas meilleure : l’Erquatz s’avère basé sur une enzyme prélevée dans le cerveau des enfants par le biais des robots éducateurs.
L’apparition des ancêtres met fin à la courte guerre ; un gouvernement central plus éclairé restaure paix et justice. Plus d’un siècle après, le dernier survivant des ancêtres révèle toutefois la supercherie : Terradeux n’est pas en route vers les étoiles, mais s’avère plutôt creusée sous la surface d’une Terre dévastée par l’holocauste nucléaire et invivable pour des millénaires encore.
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Commentaires
Les habitants de Terradeux – pas plus que Camille Bouchard – ne pouvaient avoir lu la tétralogie de Gene Wolfe, Book of the New Sun, publiée à compter de 1980. Ils auraient su qu’un vaisseau-monde ne peut être qu’un gigantesque cylindre creux en rotation, et qu’on devrait y apercevoir d’autres contrées se déployant sur la voûte. Si toute la population vit au sol d’une immense caverne, c’est autre chose. Mais bon, il ne s’agit pas d’un roman, on peut retenir ses questions pour la durée d’une nouvelle – « on » étant ici le lecteur.
Autrement, l’amateur de SFQ qui aura vécu toutes ces décennies – entre 1979 et 2019, mettons – relèvera la différence entre la vision pessimiste de Bouchard et celles positivistes d’un Jean-Louis Trudel ou d’une Michelle Laframboise. Le personnage-point-de-vue, Dominique, fils du Révérend et découvreur de la salle d’hibernation, s’avère le dernier actant du récit : parvenu à un âge avancé, témoin d’une nouvelle (et prévisible) détérioration de la société de Terradeux, il déclenche la mise à feu simultanée de tous les missiles pour éradiquer l’engeance humaine.
Cette nouvelle fut la gagnante du prix Dagon 1979, qui en était à sa troisième année. Il est instructif de relire l’éditorial où Norbert Sphener annonce les résultats d’un concours où « la qualité des textes soumis était très moyenne. Aucun chef-d’œuvre. Une certaine grisaille. » (p. 4) Au cas où son opinion ne semblerait pas claire, le fanéditeur ajoute « respecter la décision du jury » malgré ses réserves.
Pour compléter le contexte, j’ai appris lors de cette relecture que j’avais fait partie du jury, avec entre autres Gloria Escomel. Je ne garde, faut-il le préciser, aucun souvenir de ces délibérations ni des autres textes en lice. Je ne puis que supposer que la question de la non-cylindricité de Terradeux n’avait pas fait résonner en moi plus d’alarmes que chez les infortunés habitants du complexe souterrain.
Camille Bouchard a poursuivi sa carrière en science-fiction (quelques nouvelles, quelques romans jeunesse). Mais la grande majorité de sa bibliographie (exceptionnellement abondante et toujours croissante, s’en allant vers les 100 titres) s’est constituée de romans d’aventure, de voyage, de romans historiques ou policiers, pour divers jeunes publics et chez plusieurs éditeurs. Je n’en ai lu qu’une fraction, mais je ne crois pas me tromper en constatant qu’il n’y a jamais exprimé un optimisme admiratif à propos du genre humain. [DS]
Prix et mentions
Prix Dagon 1979
