À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Un homme se présente dans la soirée à un refuge pour sans-abri. On l’accueille dans un grand réfectoire et il prend un repas frugal avec d’autres itinérants venus pour la soupe populaire. À la fin du souper, une sirène se fait entendre : les hommes s’alignent le long du mur et un médecin, accompagné de six collègues, sélectionne quelques individus dans la file.
Autres parutions
Commentaires
« L’Asile de nuit » représente un bel exemple de sobriété dans l’écriture. Toufik décrit une situation qui a toutes les apparences de la normalité : accueil bienveillant de la part du portier du refuge, distribution d’un coupon autorisant le visiteur à prendre un repas frugal après présentation d’une pièce d’identité (permis de conduire, en l’occurrence), ordre de se déshabiller pour vérifier qu’il ne cache pas une petite bête (première inquiétude, mais l’hygiène est essentielle dans un tel établissement et avec une telle clientèle, n’est-ce pas ?), douche d’eau froide, souper en compagnie d’itinérants aussi, sinon plus, démunis que le protagoniste, puis son d’une sirène qui annonce un dénombrement en vue d’une sélection plus ou moins aléatoire (seconde crainte).
Tout cela est raconté sur ton factuel et neutre qui recouvre de façon très réussie la brutalité de la chute finale : les hommes sélectionnés par le médecin sont destinés à « faire don » d’un organe, l’asile de nuit étant géré par un hôpital spécialisé dans les greffes d’organes.
Refusant de rassurer le lecteur en situant le récit dans une société dystopique plus ou moins éloignée dans le futur, l’auteur atteint le maximum d’efficacité en refusant l’enflure verbale, le pathos ou l’indignation outrée. La réalité qu’il dévoile n’en est que plus horrifiante.
Peu spectaculaire, la nouvelle de Toufik est le genre de texte qui passe inaperçu dans un recueil. Elle n’avait pas retenu mon attention à la lecture de Passages suivi de Errances en 1981 mais elle gagne véritablement à être lue seule. Une bonne nouvelle, vraiment, empreinte d’empathie envers les parias de la société. [CJ]
