À propos de cette édition

Éditeur
Librairie générale canadienne
Titre et numéro de la collection
Romans et légendes historiques
Genre
Hybride
Longueur
Recueil
Format
Livre
Pagination
126
Lieu
Montréal
Année de parution
1934

Résumé/Sommaire

[3 FY ; 1 FA ; 2 HG]
L'Aventure de Gundo
Comment fut fondé le royaume d'Achelacy
Déra-Nah
L'Arc-en-ciel de Niagara
La Sorcière de l'île Maligne
Comment Hurons et Iroquois devinrent deux peuples séparés

Commentaires

Eugène Achard, membre de la communauté des Frères maristes, nous est venu de France après l’application de la loi sur la séparation de l’Église et de l’État, aussi appelée loi Combes (7 juillet 1904). Il a trouvé au Québec une terre fertile où ont pu s’épanouir ses talents d’écrivain. Cet auteur prolifique a produit une œuvre considérable composée de contes, de légendes, de nouvelles, de romans, de précis d’histoire et d’écrits à caractère pédagogique.
Dans le recueil Au temps des Indiens rouges qui compte six récits, l’auteur mélange ce qui relève du conte, de la légende et de l’histoire. Son intention est de dépeindre un univers et un imaginaire autochtones, mais corseté par sa culture littéraire européenne, il ne peut s’en affranchir. Aussi tente-t-il de transplanter une conception européocentriste de la tradition orale dans un monde qui n’en partage pas les valeurs. La greffe ne prend pas et le lecteur se retrouve devant des récits à tonalité occidentale dans un univers autochtone de carton-pâte, une construction Potemkine.
Au temps des Indiens rouges figure en bonne place dans sa production d’autant plus qu’il situe ses récits dans l’univers autochtone, ce dont plusieurs l’en complimentent. Il est vrai que des noms, des lieux font appel aux ethnies qui le composent, mais est-ce suffisant pour offrir aux lecteurs un dépaysement tel leur permettant d’échapper à leur quotidien trivial ? Pour ma part, je ne le pense pas.
Achard transpose sur une Amérique précolombienne sa société occidentale reposant sur les trois fonctions indo-européennes analysées par Dumézil, à savoir le sacré, la défense, la nutrition/reproduction, occupées successivement par une caste de prêtres, de guerriers et de paysans. Or cette idéologie trifonctionnelle ne répond pas aux valeurs du monde autochtone et la description de cette société avec ses palais, ses princes, ses rois jure avec ce que nous en savons par expérience quelles que soient les précautions prises par l’auteur pour doter cet univers d’un passé oublié ressuscité par la magie des contes.
Le conte a beau jeu de se jouer du vraisemblable et de vadrouiller à son aise dans l’invraisemblable, encore faut-il, a minima, qu’il y ait du vraisemblable dans l’invraisemblable. Sont-ce alors des contes occidentaux à la mode autochtone ? Oui, si on ne s’en tient qu’à l’usage cosmétique qu’Achard en fait. Toutefois, il est douteux que les Autochtones se reconnaissent dans ces récits. Ils pourraient, cependant, admirer l’éloquence d’Achard car il est un auteur qui possède une belle plume, et le récit le plus achevé, à cet égard, demeure sans conteste le dernier, « Comment Hurons et Iroquois devinrent deux peuples séparés », qui relève plutôt de l’histoire, mais d’une histoire fabriquée de toutes pièces.
Par ailleurs, dans « Déra-Nah », Achard narre les aventures de la grand-mère de Gundo, Déra-Nah, c’est-à-dire « fille de Déra », troisième fille de Hanon-Dérah, chasseur estimé du roi. En fait, ce conte renverse la proposition accoutumée de telles narrations de la tradition orale. Au lieu de retrouver des princesses, récompenses attendues aux exploits de héros, nous avons trois princes qui tiennent passivement ce rôle, alors que Déra-Nah accomplit des actions prodigieuses qui la rendent digne d’épouser un prince. [BB]