À propos de cette édition

Langue
Français
Éditeur
Fides
Titre et numéro de la collection
Bibliothèque québécoise
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Anthologie de la nouvelle et du conte fantastiques québécois au XXe siècle
Pagination
167-177
Lieu
Montréal
Année de parution
1987
Support
Papier

Résumé/Sommaire

L’ami intime d’un auteur qui s’est suicidé entreprend de réhabiliter la mémoire du disparu. Jean Gautier avait été atterré par les accusations de plagiat qu’un journaliste avait formulées au moment de la sortie du Temps d’aimer. Cette suite poétique reproduisait exactement le poème publié sous le même titre par Adolphe Rochet, à Marseille, en 1844. Bien plus, l’œuvre entière de Gautier est une copie conforme de celle de Rochet…

Première parution

Auteur du « Temps d'aimer » (L') 1965

Commentaires

L’histoire littéraire compte plusieurs cas de création qui relèvent de coïncidences troublantes et quelques affaires de plagiat. Au Québec, la publication de L’Amer noir de Bruno Samson, en 1973, aux éditions Du Jour, avait créé un mini-scandale quand un chroniqueur avait découvert que ce roman contenait plusieurs phrases tirées textuellement des œuvres de Céline, de Flaubert, de Sartre, de Camus… sans que leur provenance ne soit mentionnée.

« L’Auteur du “Temps d'aimer” » propose un cas encore plus exceptionnel, qui tient du fantastique. Cette excellente nouvelle, sans doute l’une des meilleures de la décennie 1960-1969, contient une foule d’informations précieuses au-delà de l’apparente simplicité du propos. D’abord, ce texte porte un regard (qui se veut extérieur, donc impartial, puisque le narrateur est médecin) sur l’institution littéraire. Cette peinture rapide et incisive prend en considération, pour la première fois à ma connaissance dans nos lettres, l’existence de la réception critique. Sous le couvert du ton détaché, Claude Mathieu en profite pour asséner quelques vérités bien senties au point qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’il pourrait y avoir derrière le portrait de Jean Gautier, écrivain honnête, effacé et humble, un peu de la personnalité de l’auteur lui-même qui se dévoile.

Cette nouvelle se nourrit aussi d’une conception de la littérature que je partage pleinement. Elle accrédite la thèse selon laquelle l’écrivain écrit parfois des choses qui le dépassent, qui lui sont dictées inconsciemment par le contexte social ou politique sans qu’il en saisisse la véritable portée. On peut ne pas partager cette conception qui rallie un bon nombre de théoriciens. Cependant, elle donne à la littérature – et à l’art en général – une dimension qui transcende la condition humaine empêtrée dans le temps.

Or, le temps est la grande obsession de l’auteur et c’est aussi la clef de cette nouvelle, comme le souligne, signe supplémentaire, son titre même. « Le temps ne serait-il qu'une maladie de notre cerveau trop infirme et borné pour pouvoir saisir le monde sans le découper en tranches successives ? » se demande le narrateur.

L’écriture sans affectation de Claude Mathieu, l’efficacité de son style et la sobriété de ses effets en feraient un précurseur du fantastique pratiqué par Gaétan Brulotte si ce dernier n’y ajoutait ce sens de l’absurde qu’on ne trouve pas chez Claude Mathieu. [CJ]

  • Source : L'ASFFQ 1987, Le Passeur, p. 118-119.