À propos de cette édition

Éditeur
Solaris
Genre
Science-fiction
Longueur
Novelette
Paru dans
Solaris 101
Pagination
6-17
Lieu
Hull
Année de parution
1992
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Un émissaire français de puissants consortiums européens, Christian Gallet, est chargé de transmettre une proposition au gouvernement de l’Enclave pour dénouer la crise qui l’oppose à ses minorités ethniques. Mise en tutelle par le gouvernement de l’Union, l’Enclave, forte de l’appui de sa majorité francophone, résiste à l’assimilation anglaise et défend farouchement sa langue. Pendant ce temps, la femme de Gallet, qui croyait retrouver au contact des Amérindiens une culture authentique, doit se rendre à l’évidence : leur tradition n’est plus qu’un dérisoire folklore. Elle se prend de sympathie pour la cause francophone mais cela n’empêche pas son mari de présenter au gouvernement une offre qui l’accule au pied du mur.

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Commentaires

Jean Dion traite dans cette nouvelle un sujet délicat que peu d’auteurs de SF ont osé aborder de façon aussi directe : la survie du peuple québécois, la résistance passive à l’assimilation. Il s’agit là d’un texte très actuel, influencé par l’échec de l’accord du lac Meech et la crise d’Oka, qui a le mérite d’exposer clairement la situation du Québec. Celui-ci est confronté au problème amérindien et forcé d’accepter des immigrés pour maintenir son poids démographique tout en étant incapable de les convaincre d’adhérer à sa culture.

« Base de négociation » est un texte engagé, lucide et intelligent sur l’avenir de la société québécoise en même temps que l’expression du désespoir d’un peuple qui en appelle au droit à la différence et à son identité. L’auteur brosse le tableau d’une société en état de siège, paralysée dans son évolution par l’énergie qu’elle doit consacrer à se défendre de toutes parts. Le gouvernement de l’Union (le Canada) a réduit le Québec à une enclave tout en cédant aux Amérindiens une partie du territoire québécois qu’ils revendiquaient. En outre, les immigrés qui s’installent dans l’Enclave font la vie dure au gouvernement en refusant d’apprendre le français et en ridiculisant la majorité. Fidèles à l’attitude de leurs ancêtres après la Conquête, les Québécois francophones pratiquent une résistance passive vouée à l’échec.

La brève excursion de Marie-Ève Gallet dans le territoire concédé aux Amérindiens illustre bien que la culture amérindienne a perdu toute authenticité, que son rapport à l’espace et à la nature n’est qu’un mythe soigneusement entretenu pour exploiter les touristes en mal d’exotisme. À cet égard, la culture québécoise apparaît beaucoup plus vivante et authentique. Mais l’épisode amérindien de Marie-Ève contient aussi un avertissement : si la situation politique ne change pas, le même sort attend la culture québécoise.

Par ailleurs, la nouvelle n’est pas dépourvue d’ironie. Ainsi, l’émissaire qui vient transmettre au gouvernement de l’Enclave une proposition de reddition est de nationalité française et ne manifeste guère de sympathie pour le combat farouche d’un peuple qui refuse de mourir. Et vive la francophonie !

« Base de négociation » n’est pas un texte pamphlétaire, mais l’auteur ne se cache pas pour affirmer le droit inaliénable du peuple québécois à défendre sa langue et sa culture et, par le fait même, son identité. Jean Dion y révèle une nouvelle facette de son immense talent. C’est sans doute le texte le plus nationaliste que je connaisse et, à ce titre, il devrait susciter des réactions controversées. Chose certaine, il ne laisse pas indifférent. Je considère pour ma part comme un signe de maturité le fait qu’en science-fiction québécoise les auteurs se frottent de plus en plus souvent à des sujets qui mettent directement en cause la spécificité québécoise. [CJ]

  • Source : L'ASFFQ 1992, Alire, p. 69-70.