À propos de cette édition

Éditeur
Québec/Amérique
Titre et numéro de la collection
Deux continents
Genre
Science-fiction
Sous-genre
Mutant
Longueur
Roman
Format
Livre
Pagination
222
Lieu
Montréal
Année de parution
1990
ISBN
9782890375185
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Depuis qu’ils ont fondé l’Institut de recherche en génétique appliquée (IRGA), il y a huit ans, Paul, Luce et Francis y ont investi corps et âme. Malgré cela, les recherches animales, imposées par l’université à laquelle l’IRGA est affilié, ne progressent que très lentement, de sorte que leur bailleur de fonds menace de couper les subventions. Pour sauver le centre, le trois chercheurs n’ont d’autre choix que d’accepter une association avec une puissante compagnie pharmaceutique, la Lorrentz, malgré la vive opposition de Paul qui voit là un danger de mettre la science au service d’intérêts mercantiles.

Les appréhensions de Paul se confirment quand vient le moment de signer l’entente de service entre le centre et la Lorrentz. Son représentant, Laurent Dolbec, insiste pour imposer Étienne Pakazian, un brillant chercheur, comme responsable des recherches animales. Toutefois, avant même que les hommes de la Lorrentz soient en place, l’IRGA enregistre un premier succès éclatant. Luce et Francis ont en effet réussi à synthétiser une cellule provenant d’un chien et une cellule provenant d’un chimpanzé. Après avoir été placée dans une matrice artificielle, la cellule se développe et, au bout de quelques semaines, naît le premier spécimen d’une nouvelle espèce, le canissimius. L’animal se révèle plus intelligent que le chien et le chimpanzé dont il représente une synthèse des caractéristiques biologiques.

Parallèlement à cette expérience fructueuse, l’IRGA est aux prises avec un virus inconnu qui se révèle très dangereux. Introduit par un singe qui vient d’arriver au centre, le virus atteint Toddy et Éloïse, les deux « géniteurs » du canissimius, qui succombent l’un après l’autre. Puis Luce et Pierrot, le fils de Laurent, sont contaminés à leur insu par le virus. Au fil des semaines, les relations de travail se détériorent à l’IRGA. Paul trouve que Luce est trop conciliante avec Laurent et soupçonne Étienne de vouloir tenter des expériences qui pourraient mettre en danger la vie de Canus. Paul a perdu l’amour de Luce et l’amitié de Francis par son comportement entêté et son attitude paranoïaque quand la dernière phase du virus Roméo se manifeste. La seule façon de sauver Luce et Pierrot est de leur administrer un anticorps. Or, Francis et Étienne croient que seul Canus peut métaboliser cet anticorps si on lui injecte le virus.

Paul aura à faire un choix douloureux qui remet en question ses valeurs de scientifique. Canus ou Luce ? La vie d’un animal, fut-il supérieurement intelligent et unique, vaut-elle plus que la vie d’un être humain ?

Commentaires

Dans le vaste assortiment des disciplines scientifiques, la génétique est certainement l’une de celles qui confèrent à ses praticiens un pouvoir énorme, lourd de responsabilité, voire écrasant. La moindre expérience animale et, à plus forte raison, humaine, peut soulever un débat moral important. Pour la science-fiction, il s’agit là d’une aubaine puisque la génétique lui permet de se présenter comme une littérature d’idées, comme un genre soucieux des questions éthiques. Le Canissimius de Pierre Desrochers en est un bel exemple. Il met en scène une petite équipe de chercheurs qui, au fil de leurs expériences inoffensives, en arrivent à créer une nouvelle espèce animale issue du croisement du chien et du chimpanzé grâce à la génétique.

L’histoire se passe en 2015 mais la découverte du trio pourrait aussi bien survenir dans un an que dans dix ans, tant la génétique est une science aux progrès imprévisibles. Le meilleur atout du roman de Pierre Desrochers, adapté d’un scénario de Dan Brazeau, est justement ce problème d’éthique qui se trouve quotidiennement au cœur du travail des trois membres fondateurs de l’IRGA. Paul représente la position la plus radicale, la plus intransigeante. Il ne peut accepter qu’un centre de recherche soit financé par une grosse compagnie pharmaceutique qui fera passer ses intérêts avant ceux des droits des animaux. Luce et Francis sont plus pragmatiques. Si l’association avec la Lorrentz est la seule façon de sauver l’IRGA, ils sont prêts à ce compromis, à condition que l’éthique professionnelle soit respectée. Ils savent bien que les progrès dans le domaine de la médecine depuis un siècle ou deux sont dûs aux sacrifices d’animaux sur lesquels on a expérimenté divers traitements ou médicaments. Enfin, Étienne est ce type de chercheur qui ne doute jamais de sa bonne foi et qui semble à l’abri de ces tourments moraux. Réfugié dans un idéalisme pur et dur, Paul devra faire face tôt ou tard aux réalités de la vie.

Le problème moral est bien exposé par l’auteur et interpelle directement la conscience du lecteur à une époque où les expériences sur les animaux sont de plus en plus contestées. La diversité des tempéraments et des personnalités crée une dynamique intéressante qui illustre bien la difficulté de réconcilier les principes personnels et la pratique d’une science aux pouvoirs démesurés. À ces considérations professionnelles, Desrochers ajoute des préoccupations affectives. Il tartine une histoire d’amour entre Paul et Luce qui s’envenime pour cause de différend idéologique et de jalousie inconsciente. Paul voit Laurent Dolbec non seulement comme un représentant d’entreprise obnubilé par l’exploitation commerciale de découvertes scientifiques, mais aussi comme un rival amoureux qui lui dispute la possession de Luce.

Pour tout dire, les personnages manquent de finesse et leurs attitudes ne s’éloignent guère des clichés. De plus, l’intrigue comporte plusieurs invraisemblances. Ainsi, alors que l’état de Luce l’inquiète depuis plusieurs semaines et qu’elle vient d’errer tout l’après-midi dans la ville après avoir oublié sa destination, Laurent la laisse prendre le volant en direction du chalet de Paul situé à une heure et demie de route. En outre, le récit est souvent prévisible. Par exemple, on devine tout de suite que Pierrot sera contaminé dès le moment où Éloïse (un chimpanzé) lui éternue en plein visage. En effet, l’auteur vient tout juste d’expliquer que le virus Roméo se transmet notamment par la salive. Le manque d’originalité de l’histoire est heureusement compensé par le propos scientifique clair qui semble reposer sur une bonne connaissance de la génétique. Il y a très peu de romans de SF québécois qui mettent à profit une information scientifique aussi abondante qu’accessible.

Malheureusement, l’écriture n’est pas à la hauteur des ambitions romanesques de l’auteur. Desrochers éprouve à plusieurs reprises des difficultés avec le temps des verbes. « S’il avait eu un jour leur ténacité, Laurent devait bien admettre que ce ne fut jamais avec la même générosité ni pour des raisons dépourvues d’égoïsme et peut-être de cupidité. » Ailleurs, c’est la conjugaison d’un verbe qui est fautive ou l’accord d’un participe passé : « Étienne ne se départait jamais d’une volonté acharnée… », «Le tapage que la nouvelle avait faite… » En outre, l’auteur se contredit à quelques reprises. Sur le nombre d’années d’existence du centre : « Il y avait huit ans maintenant qu’était né l’Institut… » (p. 11) et « C’était la première fois en douze ans que l’IRGA..» (p. 14). Sur la marque de la voiture de Paul : tantôt on mentionne qu’il s’agit d’une vieille BMW décapotable 1983 (p. 19), tantôt d’une vieille Buick (p. 89). Sur une action d’un personnage : « Il termina son café » quand, à la page précédente, le narrateur note qu’« il se dirigea vers la fenêtre où il termina son café » (p. 99).

Si la trame narrative repose sur un argument scientifique solide quoique peu original, le roman de Desrochers comporte trop de maladresses d’écriture et met en scène des personnages trop peu crédibles pour qu’on puisse le considérer comme une œuvre réussie. Néanmoins, le Canissimius m’a procuré quelques bons moments. La mort de Canus m’a ému parce que je suis un indécrottable sentimental et la lettre du chef indien Seattle écrite en 1855, véritable plaidoyer écologique, m’a bouleversé par sa portée universelle. « [L’homme blanc] traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre, comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert. [...] Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit. »

C’est ce message de respect de la vie animale qui subsistera dans mes souvenirs quand Le Canissimius se rappellera à ma mémoire. [CJ]

  • Source : L'ASFFQ 1990, Le Passeur, p. 70-73.

Références

  • Baril, Raymond, imagine… 58, p. 134.
  • Voisard, Anne-Marie, Le Soleil, 01-12-1990, p. E-8.