À propos de cette édition

Résumé/Sommaire
Le narrateur et son ami Joe aspirent à passer ailleurs, dans une autre dimension. Pour ce faire, il s’agit d’abord de repérer, sous l’influence de psychotropes, une nouvelle anodine mais insolite dans un journal, nouvelle visible à leurs seuls yeux. L’étape suivante consiste « à s’enfermer dans un accumulateur d’orgone pyramidal et à laisser surgir les hallucinations hypnagogiques » tout en répétant comme un mantra le nom de la personne mentionné dans la nouvelle. L’opération ayant réussi, la vision qui s’offre alors au narrateur est difficilement supportable.
Commentaires
Pour l’amateur de hockey qui a suivi la Série du siècle en 1972, le titre de la nouvelle de Jérôme Élie évoque les lettres en alphabet cyrillique imprimées sur les chandails de l’équipe soviétique, l’équivalent du sigle URSS. Ici, CCCP désigne plutôt Caviar Champagne Cocaine Parlour, compagnie dirigée par Tom Sanner dont la disparition mystérieuse est rapportée dans le journal consulté par le narrateur.
Présentée comme une expérience extrasensorielle, « CCCP » se révèle rapidement une satire des témoignages rapportés à la suite de consommation de drogues hallucinogènes, doublée d’une entreprise sommaire de démystification de toute une littérature sous influence. Le lecteur pourra s’en convaincre en cherchant le sens et l’origine du mot « orgone » – utilisé dans le titre d’une autre nouvelle d’Élie. Le terme a été inventé par Wilhelm Reich, docteur en médecine, psychiatre et psychanalyste, pour désigner une forme d’énergie cosmique. La théorie de l’orgone n’a jamais été prouvée et est considérée comme non scientifique.
Le caractère satirique de la nouvelle est renforcé par la fin, alors que le narrateur apprend de Tom Sanner lui-même que derrière le rideau qui masque le quart de la baie vitrée panoramique de la tour où il se trouve, il n’y a rien. La nouvelle d’Élie se veut une illustration littéraire de la théorie fumeuse de Reich, en somme. C’est un exercice de style qui n’abuse pas de la patience du lecteur curieux, s’il veut bien consentir à s’abandonner au jeu de la fiction et s’il apprécie les élucubrations dosées. Jérôme Élie a une prédilection pour les sciences occultes qui remettent en cause le rapport au réel comme en témoigne son recueil Dieu en personne (1994) où il se surpasse dans ses jongleries métaphysiques. [CJ]
- Source : Les Années d'éclosion (1970-1978), Alire, p. 195-196.