À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Martin vit avec ses parents (et un équipage) à bord de La rose talisman qui, en 2276, après deux ans de voyage interstellaire, rate son retour sur Terre en rebondissant sur les couches externes de l’atmosphère. Le capitaine et ses officiers sont dans le noir quant aux causes de cet accident de navigation et semblent incapables de reprendre la gouverne de la « fusée ». Ulysse, le cerveau « électronique » du vaisseau, chef d’orchestre de six ordinateurs, paraît n’être d’aucune utilité et semble s’être renfermé sur lui-même.
Les autres protagonistes, Caroline, du même âge que Martin et guère aimée de lui, ainsi que Socrate, leur « petit » robot instituteur, espèrent résoudre le mystère, là où les adultes plutôt passifs n’arrivent à rien. Dans une longue scène dialoguée, le trio fait le tour des suspects ayant pu interférer avec le fonctionnement d’Ulysse, y compris leurs propres parents (dont la mère de Martin, spécialiste des cerveaux électroniques). Une autre discussion a lieu, cette fois entre Socrate et Ulysse, menée exactement comme si deux amis humains échangeaient.
Il s’avère finalement que c’est Caroline, en parlant abondamment à Ulysse de tous les bonheurs que les humains retrouveront en revenant sur Terre, qui lui a fait craindre de se retrouver seul (et éventuellement démantelé) à la fin de l’expédition. Socrate, en improvisant une allégorie sur un royaume, des questions et des réponses, le rassurera sur son avenir et lui rendra le goût de fonctionner correctement.
Commentaires
Dix semaines, d’après les entrées du journal de Martin, telle est la durée de l’aventure. La rose talisman n’a aucune limitation de ressources et d’énergie, voilà tout ce qui peut expliquer l’incroyable désinvolture avec laquelle les officiers et les spécialistes de bord paraissent traiter cette crise qui n’en semble pas une. Leurs efforts les plus soutenus consistent en des inspections occasionnelles de l’ordinateur central et des discussions entre eux – et encore, probablement pas chaque jour, à en juger par l’absence de résultats. Bien des pages des premiers chapitres sont consacrées à l’hostilité du jeune narrateur à l’égard de la fille du capitaine, Caroline, la seule autre enfant à bord, elle aussi portée sur le sarcasme.
Autre ressource qui ne manque pas à bord : la salive. Eh que ça converse, ce monde-là ! Lorsque le ton monte, on discute. Il arrive même qu’on s’« ostine » – le verbe est de moi –, toutefois les résultats sont les mêmes : on tourne en rond, dans un vaisseau spacieux où les protagonistes ne croisent jamais les « dizaines de techniciens » pourtant évoqués (et ce, juste pour la salle de contrôle). Il y a bien l’hypothèse d’une entité extraterrestre qui aurait trouvé un moyen occulte d’influencer Ulysse, mais cette idée finit par tomber, victime elle aussi de langueur. En désespoir de cause, une « opération » est résolue aux dépens d’Ulysse : au dernier chapitre on va le débrancher, ce qui risque de lui être préjudiciable.
Pas exactement une décision précipitée.
Entre-temps, on a l’occasion de mentionner que la Terre a été dépolluée, durant les trois siècles qui séparent la rédaction du roman et le temps du récit. On a aussi l’opportunité de constater que les réviseurs de chez Fides n’étaient guère habitués à la SF (« vaisseau spacial »). On a le loisir de se questionner sur l’artiste, Laurent Bouchard, apparemment un fervent de psychanalyse et de Dali, mais pas un lecteur attentif du manuscrit qu’il avait à illustrer. On se demande finalement de quelles chansons il est question dans le titre, les confidences imaginatives de Caroline à Ulysse au retour vers la Terre, ou la fable racontée en dernière instance par Socrate?
En somme, ces Chansons sur fond de conversations ne se seront signalées d’aucun éclat, dans la collection du Goéland où ont publié Monique Corriveau, Félix Leclerc et Yves Thériault. Ce fut le quatrième et ultime roman jeunesse de cette auteure – son dernier livre en tout, s’il faut s’en fier au catalogue de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. [DS]
Références
- Ferguson, Jean, imagine… 7, p. 61.
- Ledoux, Danielle, Lurelu, vol. 3, n˚ 3, p. 7.
- Lortie, Alain, Solaris 51, p. 36.


