À propos de cette édition

Éditeur
Fides
Titre et numéro de la collection
Les Quatre Vents
Genre
Hybride
Longueur
Recueil
Format
Livre
Pagination
115
Lieu
Montréal
Année de parution
1965

Résumé/Sommaire

[1 FA ; 2 FY ; 2 HG]
Le Mouton rouge
Le Chêne des tempêtes
La Cloche de bois
La Chevelure ensorcelée
Moqueuse-Alita

Commentaires

Le Chêne des tempêtes marque le retour d’Andrée Maillet à la littérature jeunesse, en 1965, après une absence de vingt ans puisque ses publications précédentes destinées à un jeune public datent de 1944 et 1945. En dédicace, elle indique que ces textes, « créés par [elle] dans la tradition de nos conteurs ruraux », sont dédiés « avec amour à [ses] enfants ». Elle avoue aussi avoir puisé son inspiration dans les « textes recueillis par nos folkloristes ». Elle adopte donc l’approche du conteur qui va asseoir son récit sur une leçon, sur une morale assez forte pour motiver l’intrigue et animer les personnages. Or, la morale d’Andrée Maillet, complexe plutôt que manichéenne, relève davantage du social que du religieux.

Des cinq contes du recueil, trois entrent dans le champ d’analyse des littératures de l’imaginaire. Deux en sont donc exclus, soit le premier, intitulé « Le Mouton rouge », et le quatrième, « La Chevelure ensorcelée », du fait qu’ils ne comportent aucun élément fantastique, ni merveilleux, ni magique. On m’objectera qu’un mouton de taille démesurée à la toison rouge ou qu’une princesse à la chevelure si éblouissante qu’elle rend fous ceux qui ont l’heur de la contempler n’ont rien d’ordinaire, et j’en conviens. Mais s’il s’agit d’éléments extraordinaires, ils n’entrent pas pour autant dans la catégorie « fantastique ». Les trois contes retenus sont donc, par ordre d’apparition dans le recueil : le deuxième, « Le Chêne des tempêtes », le troisième, « La Cloche de bois » et le cinquième, « Moqueuse-Alita ».

L’élément fantastique ou merveilleux qu’Andrée Maillet exploite le plus souvent, c’est l’animal fabuleux, à taille humaine, qui parle, comme dans les contes de Grimm ou de Perrault. Il s’y trouve aussi des monstres telle une « bête hurluberlante » et des crapauds volants (« Moqueuse-Alita »). L’auteure emprunte aux histoires de fantômes et de sorcières : une marquise rompue à la pratique de la sorcellerie, une cape invisible et un bâton qui obéit à la voix de son maître (« Moqueuse-Alita ») ; le fantôme de l’aïeule Céligane (« Le Chêne des tempêtes ») ; sans parler de la mystérieuse apparition qui accomplit le prodige de transformer une cloche de bois en bronze dans « La Cloche de bois » et qui, une fois son miracle accompli, disparaît aussitôt, pfuitt, dans un scintillant crépitement d’étincelles. Le fantôme de l’aïeule Céligane apparaît d’ailleurs comme un personnage original, voire singulier, dans ce type de littérature puisqu’elle invite la jeune princesse à mourir et qu’elle exploite tous les arguments à sa disposition pour la convaincre.

Andrée Maillet ne respecte ni les codes ni les conventions, pas plus ceux du conte traditionnel ou du conte de fées que ceux des histoires de sorcellerie ou de vampire. Dans ses récits, tout peut arriver, en autant que ça serve les fins qu’elle poursuit. Ses histoires se passent loin dans le temps et l’espace, dans le monde des chimères et du rêve. Par exemple, « Le Chêne des tempêtes » débute ainsi : « Il y a cinq cents ans, dans un beau château d’Espagne… » ; « La Cloche de bois » se déroule au temps des croisades, et ainsi de suite. L’auteure abandonne ainsi tout souci de vraisemblance, voire de plausibilité. Elle adopte, à l’occasion, un ton vaguement ironique à l’égard des genres auxquels elle emprunte. Deux hommes d’armes, par exemple, s’appellent Mastic et Loustic. Ce genre de dérision peut toutefois nuire à l’atmosphère et à l’homogénéité de ton nécessaires dans un conte. Par ailleurs, tous ses textes comportent un élément important de la littérature jeunesse : le héros – l’héroïne en l’occurrence – doit subir des épreuves, histoire d’inculquer au jeune lecteur l’idée que l’épreuve le fera grandir.

Andrée Maillet reprend volontiers les idéologies auxquelles elle adhère. D’abord le féminisme : ses héroïnes sont des princesses, donnant ainsi des modèles féminins à ses jeunes lectrices. Ses modèles masculins, par contre, ne créent pas une forte impression. Son seul héros, celui de « La Cloche de bois », est un petit garçon que son père désespère de voir devenir un homme. Il porte le nom d’Agnel, comme le féminin d’agneau, phonétiquement. Autre idéologie, le pacifisme : l’écrivaine se démarque du conte de fées ou du conte traditionnel en proposant des solutions originales à des situations de conflit. Pas question de verser du sang ni de causer des torts à quelqu’un, il existe des issues non violentes qu’il suffit de découvrir en usant d’un peu de jarnigoine. Puis l’écologie : l’auteure évoque à quelques reprises les méfaits de l’homme à l’encontre de la nature.

À travers les valeurs exposées dans ce recueil de contes, on sent bien une Andrée Maillet en prise directe sur les courants de pensée de son époque. Mais en même temps, l’auteure use pleinement de sa liberté et fait entendre une voix personnelle. Elle renonce à s’inscrire dans un genre, elle refuse de se soumettre à une mode ou à un code. [RG]

  • Source : La Décennie charnière (1960-1969), Alire, p. 120-123.

Références

  • Lord, Michel, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec IV, p. 158.