À propos de cette édition

Éditeur
Vents d'Ouest
Titre et numéro de la collection
Rafales
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Jeux d'adresses
Pagination
165-168
Lieu
Hull
Année de parution
1996
Support
Papier

Résumé/Sommaire

De son balcon, une femme observe les chevaux qui broutent dans le champ voisin. Elle remarque depuis quelque temps qu’ils semblent fatigués au matin. Un soir d’août, la nuit tombée, elle aperçoit des elfes ou des feux follets et des lutins qui font la fête. Ces derniers montent par grappes sur les chevaux et les font courir. Une nuit de lune noire, la femme voit les bêtes prendre la taille des lutins et disparaître avec eux. Les chevaux ne sont plus jamais revenus.

Commentaires

La nouvelle de Marie Gérin puise à même le folklore du XIXe siècle pour mettre en lumière une situation contemporaine. La disparition des chevaux qui passent dans le monde des lutins est une magnifique métaphore de l’appauvrissement du rapport de l’homme à l’animal et de la dissolution de la nature au profit de l’urbanisation. Quand le cheval, qui a tant contribué à la conquête du territoire habitable par nos ancêtres, devient un animal invisible comme les lutins et les feux follets, il y a lieu de s’interroger sur notre relation avec la nature et sur l’influence de l’homme dans l’évolution de l’écosystème de la Terre.

De fait, « Les Chevaux disparus » est moins l’évocation nostalgique d’un monde révolu qu’un constat de la perte de notre capacité d’émerveillement. Le souvenir du tableau vivant de petits êtres rieurs et insouciants qui s’agitent et s’amusent suscite chez le lecteur une émotion positive et réconfortante. Ce lecteur serait mal avisé de bouder son plaisir.

Autre bon point, l’auteure innove dans la représentation de ces êtres imaginaires. Si les lutins, espiègles et enjoués, correspondent aux traits de caractère évoqués par un Louis Fréchette, par exemple, la description des autres créatures – elfes ou feux follets, l’auteure n’arrive pas à se décider et pourtant, ce sont des créatures très différentes – ne manque pas de surprendre. Voyez : « Ils étaient nus, grands d’une vingtaine de centimètres et leur peau était recouverte d’un duvet variant de l’ocre à la terre de Sienne brûlée, sauf pour la partie abritant leur lanterne. Leur transparence bleutée, de grandes oreilles pointant vers le haut, un nez aplati comme celui d’une chauve-souris, des yeux ronds, rouges et brillants leur conféraient un air espiègle et étrange à la fois. » Elfes ou feux follets, vraiment ?

Évitant de déplorer lourdement la disparition d’un mode de vie davantage en harmonie avec la nature, Marie Gérin livre ici une nouvelle sensible sur l’imaginaire de plus en plus marginalisé dans un monde dominé par la raison et la logique du développement économique. [CJ]

  • L'ASFFQ 1996, Alire, p. 96-97.