À propos de cette édition

Éditeur
Requiem
Genre
Science-fiction
Longueur
Courte nouvelle
Paru dans
Requiem 20
Pagination
14
Lieu
Longueuil
Année de parution
1978
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Un dialogue retransmis sur ondes radio se déroule entre différents organes d’une petite armée, soit le quartier général, la base avancée et différentes patrouilles, qui se retrouvent en pleine mission de défense contre un ennemi venu du ciel. Ils tentent d’enrayer la menace en détruisant les aérolithes dont ils sont bombardés, mais ils doivent se résoudre à mettre en place une coupole, un champ magnétique qui les enfermera pour toujours, tout en les protégeant désormais de l’ennemi, qui est nul autre que le Petit Poucet, désormais perdu dans la forêt sans ses cailloux.

Commentaires

Dans une courte nouvelle, les Vonarburg réussissent à renverser un conte populaire (« Le Petit Poucet ») en n’utilisant que son événement le plus connu (la dispersion de cailloux pour retrouver son chemin) et à nous faire voir le point de vue de personnages insoupçonnés qui n’existent pas dans le conte original, soit un monde miniature dont les êtres croient qu’ils sont volontairement attaqués par ces cailloux.
Le plus grand bonheur est de lire une première fois ce texte, se retrouver au beau milieu de l’action sans explications, d’arriver à la conclusion un peu abasourdi et de relire le conte pour mieux comprendre. En effet, chaque mot, chaque phrase dévoile des indices qui montrent toute la richesse de ce conte.
Ce petit monde semble avancé technologiquement : ils ont des armes et des outils de destruction, des moyens de communication, des radars et des outils de mesure ainsi qu’une coupole, une sorte de champ magnétique qui doit les protéger. Puisque le titre nous dévoile que la nouvelle est un conte, et qu’un conte est souvent de type merveilleux, nous constatons, au contraire de ce que le début du texte laisse croire, que c’est la science-fiction qui fait irruption dans le genre merveilleux.
Il est fascinant de se rendre compte que, autant les êtres ne comprennent pas la source de ce qui les attaque, autant nous en savons peu sur ces petites formes de vie intelligente. Et pourtant, dès les premières lignes, nous pouvons aisément imaginer le monde dans lequel elles vivent, évoquant ainsi en peu de mots toute l’étendue que prend cette petite communauté.
Le récit à l’introduction militaire est digne des récits d’extraterrestres et de catastrophes les plus classiques, et il soulève aussi des questions typiques du genre à travers les paroles de quelques êtres miniatures, soit « Que voulait l’attaquant ? » et « Peut-être voulait-il simplement communiquer ? »
Comme tout bon conte, ce texte sous-entend une morale qui peut former le lecteur, mais sa teneur est aussi caractéristique des plus grands récits de science-fiction. Nous pensons ici à des séries telles Star Trek et La Porte des étoiles, dans lesquelles des explorateurs rencontrent des populations aux cultures différentes. Ces séries étaient souvent portées par un message de paix et de bonne entente entre différents peuples. Et dans le récit des Vonarburg, ces valeurs sont absentes parce qu’elles se butent à la plus grande difficulté : les deux parties sont totalement inconnues l’une de l’autre. C’est la perspective qui nous est offerte par l’opposition du point de vue des êtres miniatures et de celui du Petit Poucet, chacun n’ayant aucune conscience de l’existence de l’autre. Ainsi, ils ne peuvent ni communiquer, ni mieux se connaître, ni mieux se comprendre. Dans le cas contraire, le Petit Poucet aurait pu cesser de jeter les cailloux qui font tant de mal à l’espèce sous ses pieds, et les êtres miniatures l’auraient aidé à retrouver son chemin.
Dans ce conte, nous sommes en présence de deux solitudes qui se nuisent parce qu’elles ne se connaissent pas, problème qui est accentué par la peur que ressentent les petits êtres en face de l’inconnu. D’ailleurs, le résultat de cette peur est que le peuple s’isole sous la coupole, rendant toute communication future impossible, on peut même imaginer la dystopie qui en découlerait !
Ce « Conte de pierre haute » nous semble donc, en plus d’être original, terriblement actuel, car il reflète, encore au XXIe siècle, la difficulté qu’ont les différents pays, peuples et cultures à se parler, à se découvrir et, au bout du compte, à coopérer.  [SG]

  • Source : Les Années d'éclosion (1970-1978), Alire, p. 407-408.