À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Daniel Lecoultre, premier conseiller du ministre John Butler, est désemparé. Sa fille de 6 ans, Florence, est atteinte d’un cancer et elle est soignée à l’hôpital Memorial d’Ottawa. Les pronostics ne sont pas encourageants. Son ex-femme, Sandy, débarque de New York pour passer du temps avec leur fille. Même si elle est moins présente depuis le divorce, elle refuse de baisser les bras et cherche des solutions alternatives. Lorsqu’elle soumet l’idée d’aller voir un guérisseur, Daniel s’y oppose, d’autant plus que Florence est prise en charge par une équipe spécialisée.
Lors d’une visite à l’hôpital, il rencontre Max Sieber, un garçon d’une dizaine d’années qui est isolé des autres enfants, car il est atteint d’un mal mystérieux. Même s’il ne parle pas, il tente de communiquer avec Daniel qui ne comprend pas trop ce que l’enfant veut lui dire.
Au fil du temps, Daniel observe des événements étranges autour de Max. Après une discussion avec un spécialiste en informatique (Ken Hnatzynshyn) qui travaille sur place, il apprend que des dossiers s’effacent du système. Mais cela va plus loin : tous les objets semblent touchés, surtout les appareils technologiques. Daniel tente de consulter l’équipe médicale – à commencer par la docteure Maureen Davis qui s’occupe de sa fille –, mais on refuse de lui répondre. D’ailleurs, il se rend vite compte qu’il n’est pas le seul à se pencher sur ce mystère, car plusieurs agents de la GRC sont sur place. Et il y a le prêtre Maurice qui lui demande de veiller sur l’enfant.
À l’hôpital, il entre en contact avec la mère de Max, Lotte Sieber. La jeune femme d’origine suisse vit maintenant au Québec et ce sont les médecins de l’hôpital Sainte-Justine qui lui ont conseillé d’envoyer son fils à l’hôpital Memorial. Au fil des discussions avec Daniel, elle apporte plus de questions que de réponses.
À la fin de la première série de traitements de chimiothérapie de Florence, la jeune fille, ses parents et son frère Olivier partent en Jamaïque. Officiellement, ils sont en vacances. Par contre, Daniel découvrira rapidement que son ex-femme a l’intention de visiter une clinique qui aurait fait des avancées importantes dans les soins du cancer. Seulement, lors de sa visite, elle fera la rencontre d’un vieil Italien, Olivetti, qui la mettra en garde contre ces charlatans. Lui-même a perdu un proche qui a subi le fameux traitement miracle.
Au retour, la famille vit un premier incident. Il n’y a que trois places enregistrées sur le vol, comme si Florence n’existait pas. Malgré tout, ils réussissent tous à revenir en sol canadien.
Daniel revoit Lotte qui lui donne une souris. En effet, Max est toujours entouré de rongeurs qui sont régulièrement remplacés. La femme est convaincue que c’est une des clés de l’énigme, alors elle en a volé un et demande à Daniel de fouiller cette piste. Celui-ci a l’intention de le faire, mais perd l’animal. Lotte lui parle aussi de l’adoption de Max, qui ne serait pas son vrai fils. Toutefois, l’histoire est plus compliquée : Max serait le fils qu’elle a conçu en Suisse avec son frère, un scientifique.
Peu de temps après, Daniel apprend que Lotte a eu un accident de la route et va donc au Québec où ont lieu les funérailles. Il y rencontre la docteure Davis et le psychiatre Vecchio qui travaille aussi avec sa fille. Les deux médecins lui apprennent qu’il y a des accords secrets autour de Max Sieber et qu’aucun membre du personnel ne peut parler de son cas.
À son retour au travail, Daniel découvre qu’il est maintenant persona non grata. Il perd son accréditation et ses collègues le traitent comme un pestiféré. Il semblerait qu’il ait commis des actes répréhensibles en Jamaïque. Daniel s’en sort grâce à Olivetti qui a le bras long. L’homme commence aussi à s’intéresser à l’histoire de Max Sieber. Il va même organiser une rencontre avec Daniel à l’aéroport de Dorval.
Quant à Florence, qui semblait condamnée, elle a l’air guérie. Est-ce que ce serait lié à l’effet Sieber ? Il semble bien que oui puisque 14 jeunes de l’hôpital Memorial sont dans la même situation.
Daniel voudrait revoir Max, mais il a été transféré dans le Nord sur une base militaire. Il forme donc une alliance inattendue avec la docteure Davis pour s’y rendre. Les membres des Premières Nations de l’endroit, les Ojibways, ont eu vent de la présence de Max et l’appellent l’enfant qui guérit. Avec sa visite et sa discussion avec la docteure Davis, il comprend que Max Sieber a un effet positif sur le vivant, d’où les tests avec les souris, mais qu’il a un effet négatif sur tout ce qui est inorganique.
Peu de temps après, Max est vendu aux Américains qui veulent s’en servir à des fins militaires. Mais l’avion s’écrase dans le Grand Nord lors du transport. Le seul survivant, Ken Hnatzynshyn, retrouve Daniel quelques mois plus tard. Il lui explique qu’il fait maintenant partie d’une équipe menée par la docteure Davis qui cherche à reproduire l’effet Sieber. Par contre, Hnatzynshyn va tout faire pour éviter que les résultats soient concluants pour éviter que cela serve à des fins militaires.
Commentaires
Petite confession : j’avais de fortes attentes au moment de commencer ce livre. Il faut dire que ce roman écrit par l’auteur d’origine suisse Pierre Billon est considéré comme un classique de la SFFQ. Publié en 1982, il a permis à l’auteur de gagner le Grand prix de la science-fiction française et le prix Boréal en 1983. Souvent réédité (au Seuil en France, en format Québec Loisir et plus récemment chez Boréal), c’est une œuvre étudiée à l’école. En ce qui me concerne, je l’avais dans ma pile de livres à lire depuis des années, mais je n’avais jamais franchi le pas avant.
Que dire de ma lecture ? D’abord que c’est un cas particulier. C’est plus facile de parler de ce qui ne fonctionne pas dans ce roman que de ses qualités. Pourtant, celles-ci supplantent les (nombreux) défauts. Ce qui fait qu’au final, je ressors de ma lecture avec un avis très positif.
Le principal défaut, c’est le manque de consistance des personnages, à commencer par Daniel Lecoultre. Il n’a clairement pas la carrure pour porter un récit sur ses épaules. Caractère effacé, il se fait sans cesse dominer par son ex, par son patron, par la docteure de sa fille, par son propre fils... Et, surtout, il est incroyablement passif. C’est particulièrement enrageant par rapport à la maladie de sa fille. Plutôt que de se battre ou de vivre pleinement ses émotions, il se met la tête dans le sable. Même quand il finit par passer à l’action, vers les trois quarts du livre, il le fait sur la pointe des pieds, presque en s’excusant.
Ce n’est pas tellement plus probant du côté des personnages secondaires qui, pour la plupart, sont purement utilitaires. Même les personnages plus intéressants comme le mystérieux Olivetti, Lotte Sieber la simple d’esprit ou l’excentrique Kenneth Hnatzynshyn manquent cruellement de profondeur. D’ailleurs, avec une histoire centrée autour d’un enfant malade, on se serait attendu à un récit émotif, mais ce n’est pas le cas. D’ailleurs, les scènes plus émotives sont les moins réussies du livre. Je pense entre autres au moment où Maureen, décrite comme une professionnelle cérébrale, montre sa vulnérabilité avant de tomber dans les bras de Daniel. Il manquait une progression dans la relation pour qu’elle en arrive là. Bref, cela manque d’émotions, de couleurs.
Après tout ça, c’est difficile de croire que mon avis est positif sur ce livre, pourtant c’est le cas. Si je n’ai pas accroché à l’histoire avec mes tripes, mon cerveau, lui, a apprécié. Parce que la force de L’Enfant du cinquième Nord, ce sont les idées. Le livre nous amène à réfléchir : sur la mort, la maladie, la médecine, la science et même sur l’industrie pharmaceutique et la politique.
L’écriture est fluide. On ne parle pas d’un grand styliste (l’auteur fera nettement mieux dans L’Ultime Alliance écrit quelques années plus tard). Par contre, il utilise le mot juste et offre des descriptions d’une grande précision. Les phrases sont bien construites et il y a du rythme dans la prose. Les dialogues sont généralement excellents ; quelques-uns sont même particulièrement percutants. Les seuls moments où on le sent moins à l’aise, ce sont dans les scènes plus émotives. Une des forces de l’auteur est de se faire oublier. Sa plume est mise au service de l’histoire et même les moments plus poétiques sont justifiés par le récit.
La construction de l’intrigue est solide. L’auteur parvient à capter l’intérêt rapidement. Il s’agit d’un livre cérébral, pourtant, il y a une aura de mystère, une ambiance qui rend la lecture particulièrement agréable.
L’Enfant du cinquième Nord ne répond pas à la définition d’un page turner. Pourtant, on se surprend à vouloir lire une page de plus, un chapitre de plus pour en savoir plus. Il y a là une mécanique bien huilée, efficace, implacable. Billon distille les informations au fil des pages pour obliger le lecteur à assembler lui-même les pièces du puzzle. En ce sens, c’est un livre exigeant. Mais, à mon sens, l’effort demandé est amplement récompensé.
Au final, ce livre avait tout pour que je le déteste. Et pourtant... c’est une lecture qui m’a marqué et que je n’ai aucune peine à recommander. L’élément science-fictif (la fameuse maladie de Sieber) est mince, mais il est au cœur du récit. Ce n’est pas seulement un élément de décor. Si on l’enlève, le récit ne tient plus.
Si je devais décrire ce livre, je dirais donc que c’est un roman de science-fiction qui emprunte aux codes du roman policier tout en se lisant comme un conte philosophique (ou presque). Même si l’auteur a une bonne connaissance de la science-fiction (après tout, il a traduit Asimov, mais aussi Heinlein et Van Vogt), il se garde bien de s’associer au genre. Même chose du côté de ses éditeurs francophones qui parlent de thriller informatico-médical et autres tournures pour éviter de dire le terme science-fiction. Dommage ! Mais cela ne gâche en rien le plaisir de lecture. [PLL]
Prix et mentions
Prix Boréal 1983 (Meilleur livre de SF)
Références
- Boivin, Aurélien, Québec français 132, p. 92-95.
- Brochu, Isabelle, Dictionnaire des écrits de l'Ontario français, p. 297.
- Gouanvic, Jean-Marc, imagine… 13, p. 112-113.
- Grégoire, Claude, Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec VII, p. 310-312.
- Janelle, Claude, Solaris 48, p. 10-11.
- Janelle, Claude, Clair d'ozone 4, p. 24.


