À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Elle est assise dans un escalier en spirale dont les marches sont grignotées par une eau qui monte peu à peu, plus lentement la nuit, ce qui permet le sommeil. Elle trouve de loin en loin, déposés sur les marches, des sacs de vivres et autres nécessités. Elle se demande pourquoi elle est là, ayant de vagues souvenirs de ville, de voiture, d’époux et d’enfants. A-t-elle été punie ? Est-elle l’ultime survivante d’une catastrophe ? ou cet escalier, dont elle ne voit pas le sommet, est-il ce à quoi l’a préparée toute son existence antérieure ? Elle monte. Elle se rappelle que son nom est Vrillis. Parfois l’escalier se modifie, lui offrant par exemple de la glaise à laquelle elle passe plusieurs jours à donner la forme de certains de ses souvenirs pendant que l’eau a cessé de monter.
Puis l’ascension reprend, avec l’assaut des vagues qui engloutit les sculptures inachevées. Vrillis doit fuir et, pendant une durée indéterminée, sa survie semble menacée. Sous les trombes d’eau, elle se rappelle cependant comment elle est arrivée là : l’escalier entre deux maisons, une passante lui disant que d’en haut, le panorama vaut la peine. Puis les orages se calment. L’océan est couvert de débris que récupère Vrillis. L’escalier lui offre encore de la glaise, mais elle l’ignore, elle monte, elle s’adapte. Cependant, quand de la glaise se présente à nouveau, elle la modèle encore, mais sans s’attacher à ces figurines-souvenirs.
Un jour, en se penchant vers une lumière soudain aperçue, elle voit la ville vertigineusement en bas, sous l’océan transparent comme du cristal ; avec une impression de chute, elle s’y voit dans sa vie ordinaire, avec sa famille, puis l’eau sur ses pieds la tire de sa rêverie. Elle monte. Des visions de plus en plus cohérentes de la ville lui arrivent, interrompues par l’eau, et sa vie simple dans l’escalier est interrompue par ces visions suscitées par les figurines, double système d’interruption qui la fascine. Elle se demande s’il y a un sommet de l’escalier. Dans la ville d’en bas, elle se voit vieillie, ses enfants deviennent adultes, elle est veuve. Un jour de plein soleil, elle arrive enfin tout en haut, un palier ne débouchant sur rien. Elle s’assoit, se voit à l’hôpital, entourée de ses enfants. Vague tristesse, mais c’est sans importance, puisque ce monde-ci est tout aussi vrai : l’eau, le bois, le ciel, le vent, l’acte de monter, celui de s’arrêter. Assise en tailleur au sommet de l’escalier, elle joue avec une boule de glaise en regardant les vagues.
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Commentaires
Lorsque la NBJ Spécial Fantastique publie ce texte, Rochon écrit depuis près de vingt ans mais commence seulement à être connue dans le milieu des genres au Québec, et c’est sa première nouvelle fantastique. Mais déjà la « voix Rochon » est là, qui résiste aux étiquettes, faite de simplicité faussement naïve, dans un registre parfois presque terre à terre que viennent illuminer des éclairs de poésie et l’intensité inattendue de réflexions philosophiques, voire métaphysiques. Plusieurs autres nouvelles datant de cette période (« Le traversier », « Le labyrinthe », dont nous parlons ailleurs) explorent des variantes de la même thématique, des situations au même arbitraire onirique teinté de quotidien : l’existence comme voyage sur l’eau/le temps, la place relative de l’art, des relations amoureuses, de la famille – et la quête du sens ; on peut aisément établir des parallèles ici, comme dans les autres textes évoqués, avec le bouddhisme auquel Rochon s’intéresse depuis 1976. Sans oublier des éléments discrètement féministes, trop récurrents pour ne pas être délibérés : Vrillis est une personne amenée à vivre sa propre vie, détachée des contraintes domestiques de la féminité, même si c’est par un hasard que la finale du texte évoque tout de même comme une sorte de destin. [ÉV]
