À propos de cette édition

Éditeur
Solaris
Genre
Science-fiction
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Solaris 76
Pagination
5-8
Lieu
Hull
Année de parution
1987
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Dans une cellule hermétique, mais entourée de fenêtres, un détenu observe l’extérieur. Sans contact avec quiconque, il est nourri, coiffé, lavé par des machines. Ses souvenirs sont confus et contradictoires. Il ne sait pas qui il est, qui sont ses geôliers, ni pourquoi on l’a enfermé là. Dehors les jours et les saisons se succèdent, pendant que le décor se modifie sans cesse. Le détenu voit approcher des nomades entre les dunes. Puis c’est une plage, et de petits êtres l’examinent par les fenêtres. Êtres et paysages disparaissent les uns après les autres, cédant leur place à d’autres visions. L’homme se demande s’il délire. Sa prison ne serait-elle pas un hôpital psychiatrique ?

Commentaires

La question est posée, mais on ne saura pas la réponse. Lorsque le détenu s’évade, à la toute fin, en traversant la fenêtre comme s’il s’agissait d’un voile, l’auteure ne nous offrira pas d’explication définitive. Est-il mort ? Ou plutôt viendrait-il de naître après une longue gestation ? S’est-il simplement évadé de sa prison matérielle ? L’interprétation dépend du lecteur.

L’absence d’explication dans un récit me met généralement en rogne. Elle m’oblige souvent à me demander si l’écrivain ne s’est pas défilé par manque d’imagination ou par paresse. Ici, pas de frustration. Le texte est trop bon. Les explications, on les prendrait comme dessert, mais le plat principal comble l’appétit.

Car il est fascinant, ce récit de la claustration, de l’isolement et de la solitude. Le repli sur soi auquel on assiste, qu’il soit imposé par une autorité mystérieuse ou recherché par le personnage, constitue une sorte de passage. Le lecteur ressent plus d’angoisse que le détenu ne semble en éprouver lui-même, habitué qu’il est à vivre dans cet univers clos. Jamais l’intérêt du texte ne faiblit. L’écriture est coulante, même si parfois on trébuche sur certaines phrases moins habiles. Et c’est un tour de force que de nous laisser jusqu’à la fin avec nos interrogations, sans que naisse la lassitude. Qui est cet homme ? Pourquoi est-il enfermé là-dedans ? Qui le tient prisonnier ? Où se trouve cette cellule ?

Le traitement qu’on lui inflige laisse penser qu’il est le sujet d’une expérience ou bien qu’il est protégé comme un animal en voie d’extinction. Et si le décor extérieur change constamment, c’est peut-être que la “prison” est mobile. Serait-ce un vaisseau spatial ? Et ses invisibles geôliers, des extraterrestres ?

Qu’importe. L’intérêt est ailleurs. [DC]

  • Source : L'ASFFQ 1987, Le Passeur, p. 109-110.