À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Doucy Riverside a quelque 6000 ans, peut-être plus. Immortelle ou presque, invincible, elle ignore son origine et sa réelle nature. Elle vient elle ne sait d’où ni de quelle époque. Romancière, en surface, elle s’occupe principalement en secret dans un laboratoire caché où se trouve sa création, une machine du temps, dans le but de retourner dans le passé. Après un incident fortuit avec des malfrats qui croient l’avoir tuée et tenteront de nouveau de l’assassiner, elle rencontre Anthony Stevenson, dont elle s’éprend fortement, un mari et un père à qui elle se confiera.
Chimiste, il travaille lui aussi dans un laboratoire qui cherche un remède contre le cancer dont meurt bientôt sa femme. Doucy et lui formeront alors un couple et au retour d’un voyage avec ses deux fils jumeaux, victimes des mêmes malfrats, ils se retrouvent dans une période et un lieu dont elle ignore tout, sinon y avoir déjà vécu, il y a longtemps, un terrible événement.
Commentaires
Doucy ignore son origine et nous l’ignorerons nous aussi jusqu’à la fin. Vient-elle d’une autre planète, éloignée, d’un autre système ou d’une galaxie inconnue, ou bien provient-elle d’un groupe qui attendrait d’elle telles informations sur les humains que nous sommes ? Elle gère le voyage astral, elle est apte à se dissocier le corps et l’esprit, ce qui lui permet de lire dans l’esprit d’un autre au moment où elle se trouve dans une situation sans lien.
C’est au départ un curieux roman, à quelques titres : un contenu ambigu, une construction trouble, une écriture parfois très maladroite. Que viennent faire dans cette histoire des considérations sur le taekwondo ? Des incohérences narratives, diraient certains, apparaissent sans raison ; une orthographe parfois erronée, des maladresses de ponctuation et des coquilles bêtes s’ajoutent à ces problèmes. Ces gros défauts n’ôtent rien à de légères qualités, lesquelles ne font tout de même de La Filière du temps qu’un roman pauvre. Il n’a par moments presque aucun sens, aucun suivi, il avance sans but précis ou clair. Quant au caractère fantastique ou de science-fiction, le récit ne repose sur lui que de manière assez détachée. On a le sentiment d’un roman d’amour, d’un roman sentimental. Dans quelques cas, des maladresses nettes brisent tout intérêt et font obstacle à notre compréhension. Un dialogue amoureux quétaine à l’os, dont je ne donne qu’un des trop nombreux exemples :
― Je suis un homme jaloux…
― Je devrais l’être aussi, tu es beau, athlétique, tempes grises et charmeuses, quelques rides qui te donnent cet aspect de profonde maturité, sensuel, magnétique et riche, tu peux attirer toutes les jolies filles, non ?
― Aucune ne peut rivaliser avec toi, tu gagnes à tout coup. (p. 109)
Au cœur du récit, les chapitres 7, 8 et 9 (p. 119 à 153) deviennent extrêmement décousus, sans but ni intérêt. Une compétition internationale de taekwondo avec quoi le récit n’a rien à faire, suivie d’un voyage en avion pour des vacances avec les enfants d’Anthony, lequel voyage n’apporte rien.
Puis, en bout de ligne, le paradoxe temporel réapparaît, cet aspect ou cette dimension de l’intrigue maladroitement offerte me rappelle celui d’un des plus magnifiques films jamais réalisés : La Jetée, de Chris Marker. Le retour dans un temps passé qui se rejoue et dans lequel le principal intéressé tient alors un autre rôle ou éprouve les choses d’une autre façon, sous un angle distinct. Ainsi prend fin le roman d’Aubry Morin, dont je devine qu’il n’a pas été lu par un éditeur sérieux et patenté.
Est-ce Raymond Radiguet ou Alain-Fournier qui prétendait que les mauvais romans l’aidaient davantage à saisir le sens d’un bon roman ou à en écrire un ? Si c’est juste, si je ne me trompe pas, alors je dis : lisez La Filière du temps. [PG]
Références
- Janelle, Claude, Solaris 39, p. 28-29.
- Trudel, Jean-Louis, Samizdat 25, p. 19-20.


