À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Gilbert Béliveau enseigne la civilisation grecque au Cégep Albert-Dumouchel. Trentenaire, célibataire, il mène une existence rangée et morne jusqu’au jour où la chance lui sourit continuellement. Cette revanche sur le destin le rend heureux. C’est alors qu’il reçoit une invitation de la Confrérie des Quêteurs du Bonheur parfait. Dans la salle d’attente où il s’est rendu, il remarque un encensoir de cristal dont il hume les émanations. Semi-conscient, il apprend qu’on veut lui prélever par trépanation des acides aminés produits par son état euphorique pour en faire un vaccin-élixir de bonheur.
Commentaires
La nouvelle de Louis Michon ne soulève pas un enthousiasme délirant chez ce lecteur-ci mais force est d’avouer qu’elle titille une corde sensible en flattant dans le sens du poil le sentiment de se sentir parfois un peu looser. La chance, ici, nourrit l’estime de soi pour celui qui se considère médiocre, ce qui est le cas de Gilbert Béliveau.
« Le Gagnant » suscite une réflexion sur le pouvoir que procure l’argent et ses effets sur la personnalité de celui qui en est subitement doté. Le protagoniste profite de sa chance, qui a toutes les apparences d’un don providentiel, pour s’enrichir aux courses de chevaux et au casino, notamment. Toutefois, au lieu de la dénonciation attendue du matérialisme et du pouvoir corrupteur de l’argent, Louis Michon choisit de ne pas voir seulement ses effets pervers. Ce faisant, il brosse un portrait nuancé de son personnage et nous le rend attachant, Béliveau s’ouvrant progressivement aux gens et se montrant généreux après une première réaction égocentrique.
On pourrait reprocher cependant à l’auteur de confondre chance et réalisation des désirs du protagoniste. La chance fait référence à quelque chose qui survient inopinément en dehors de toute volonté, ce qui est incompatible avec la volonté – le don ? – de Béliveau de réaliser ses désirs. La chance ne se commande pas. L’auteur aurait dû faire l’économie du passage – la pizza dégoûtante – qui crée inutilement cette confusion.
La nouvelle file tout doucement dans le sillon balisé du fantastique jusqu’à ce que la chute la fasse basculer tout à coup dans le champ de la science-fiction. Certes, les explications scientifiques s’avèrent plutôt courtes, mais n’empêche.
« Le Gagnant » est la seule nouvelle connue de Louis Michon qui affiche dans ce texte une compétence certaine dans l’écriture. Pas spectaculaire, mais efficace. [CJ]
