À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Glausgab, grand manitou des Algonquins, se rend à la cour du roi de France en 1489 afin de connaître « le secret qui rend les hommes heureux ». Il entreprend alors un long récit dans lequel il raconte sa vie et celle de son peuple. Fils du Grand Aigle qui règne sur le monde, Glausgab, qui s’appelle à l’origine Bensoum, a un frère jumeau, Malsoum. Se sentant vieillir et ayant de la difficulté à maintenir l’ordre et à contrôler les géants et les monstres, Grand Aigle cède ses pouvoirs à ses deux fils.
Malheureusement, Malsoum est naïf et insouciant et se fait manipuler par le perfide Kouabit, le Grand Castor, ce qui met la vie de Bensoum en danger. Dans un accès de colère, Bensoum provoque involontairement la mort de Malsoum en le touchant avec la seule arme qui peut le tuer : un rhizome de fougère. C’est à ce moment qu’il prend le nom de Glausgab. Il a fort à faire pour pacifier le monde avant de créer les hommes et les bêtes. Il y parvient grâce à une ceinture magique qui lui permet de grandir jusqu’au-dessus de la tête des pins et de réduire sa taille à celle d’un insecte.
Il raconte au roi comment il a réussi à maîtriser son oncle Ouchosen, l’oiseau-tempête, comment il a fait entendre raison au géant Péboanne, le Maître du Nord et du froid. Afin de protéger l’homme et de l’aider à survivre dans la nature, Glausgap doit réaliser d’autres exploits, comme vaincre le puissant crapaud Ouaouaron et éliminer définitivement son irrécupérable ennemi, le Grand Castor Kouabit. Entre ces actions pour instaurer un monde stable où chacun remplit son rôle, Glausgab visite ses amis et essaie de rendre leur vie meilleure tout en les invitant à travailler sur eux-mêmes pour s’améliorer en tant qu’être humain.
Commentaires
Comment un pharmacien ayant publié des essais et des œuvres humoristiques en est-il venu à écrire une œuvre présentant la création du monde selon la cosmogonie algonquine ? La quatrième de couverture mentionne que Louis Landry, au début des années 1960, a découvert « des légendes dont il a tiré le personnage de Glausgab ». L’auteur ne mentionne pas ses sources d’inspiration, si bien qu’on peut se demander quelle est la part d’invention dans ce récit. Pour avoir lu les deux recueils de Bernard Assiniwi parus au début des années 1970, Anish-Nah-Bé. Contes adultes du pays algonkin et Sagana, je peux affirmer que le nom des créatures du récit de Landry (micons, Chinamesses, sagamore) et des manitous sont bien différents de ceux d’Assiniwi.
Là où les deux auteurs se rejoignent, c’est dans la nécessité de l’interdépendance des divers éléments du monde : hommes, bêtes, nature (incarnée par des manitous) forment un univers qui doit trouver un l’équilibre pour survivre. Pour situer littérairement Glausgab, créateur du monde, je dirais qu’il s’inscrit à mi-chemin entre Légendes indiennes du St-Maurice de Dollard Dubé pour la relation entre les hommes et les bêtes et la mythologie animalière et Le Ru d’Ikoué d’Yves Thériault pour la recherche d’équilibre homme/nature.
Le territoire sur lequel veille Glausgab couvre grosso modo les quatre provinces maritimes du Canada. Voilà pour l’espace. En ce qui concerne le temps, il est, comme il se doit, indéfini quand il s’agit de la narration des différents exploits de Glausgab, de la consolidation de son autorité à la préparation d’un milieu propice à l’établissement de l’homme. Dans les récits mythologiques, le temps reste indéterminé et ne se mesure pas à l’aune de notre univers réaliste. Or le prologue mentionne que l’embarcation de Glausgab apparaît au large de Saint-Malo le 23 juin 1489. Pourquoi précisément cette date ? Avouons que c’est plutôt incongru. Nous en connaîtrons peut-être la raison dans le tome 2, Glausgab, le protecteur.
Au début des années 1980, la représentation des croyances et mythes fondateurs des Premières Nations est encore largement le fait d’auteurs blancs. On ne parlait pas à l’époque d’appropriation culturelle ; il serait malhonnête d’en faire rétroactivement le reproche à l’auteur. On le sent sincère dans sa démarche de création visant à faire connaître la conception du monde propre aux Autochtones. Fidèle ou non à l’imaginaire de la nation algonquine, le récit de Louis Landry fait montre d’une imagination débordante dans sa création des personnages et de leurs travers.
Tout comme les dieux de l’Olympe qui entretenaient des querelles néfastes aux simples mortels, de même les conflits et les défauts des manitous affectent l’existence du peuple de Glausgab qui s’est donné comme mission de le protéger. Le récit alterne entre les scènes dramatiques de catastrophes provoquées par l’arrogance de certains manitous et les épisodes burlesques vécus par les amis et les proches du grand Glausgab. L’auteur se permet à l’occasion des traits d’humour comme celui-ci : « Le général passait pour l’un des favoris du roi. Il trouvait au roi toutes les qualités que le roi voulait avoir. Aussi était-il général. » (p. 9) Louis Landry fait aussi ressortir à quel point la ruse est une arme redoutable que sait utiliser à merveille Glausgab pour arriver à ses fins. Ce n’est pas pour rien qu’il adopte ce surnom qui signifie « menteur ». [CJ]


