À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Glausgab poursuit le récit de ses aventures et exploits devant la cour du roi de France. Il raconte aussi comment il est venu à bout des Otnéyarés, ces géants de pierre qui terrorisaient les villages de son territoire, après avoir découvert leur supposée invincibilité. Il utilise leur orgueil pour les détruire, ce qui mène à la création des chutes Niagara. Il doit ensuite faire face aux manigances de Pitché, l’ensorceleuse, qui aimerait bien le séduire pour le manipuler à sa guise. Dépitée, elle se transforme en homme et prend l’identité du sorcier Winpi. Celui-ci enlève Abistanouche et Nogoumi, l’ami et la grand-mère de Glausgab. La poursuite pour les délivrer dure des mois, après quoi Glausgab décide de se retirer du monde, estimant que sa mission pour restaurer l’ordre est maintenant terminée.
Toutefois, la réputation de Glausgab est telle que des pèlerins se mettent en quête de sa retraire pour rencontrer cet être légendaire et lui demander conseil. Les gens qui parviennent à son refuge sont récompensés de leurs efforts et reçoivent un don ou un cadeau. C’est une façon pour Glausgab de mettre à l’épreuve la probité des visiteurs et une occasion de leur livrer une leçon de morale. Certains se montrent indignes de la générosité de Glausgab et perdent tout. C’est l’un de ces visiteurs qui lui demande le secret qui rend les hommes heureux. Ne trouvant pas la réponse, Glausgab entreprend alors de parcourir le monde et aboutit à la cour de France après un bref passage en Angleterre où la vie de château l’ennuie.
Commentaires
Il est assez clair que « la véritable histoire du Grand Manitou algonquin » se présente en deux tomes pour des raisons commerciales car il s’agit d’une seule et même œuvre. Pendant des années, les livres de la collection Jeunesse-pop des Éditions Paulines ne dépassaient jamais 150 pages. Or les deux volumes font 207 pages. Le prologue établit de nouveau que Glausgab raconte ses aventures mais le récit qui suit est raconté au « il » par un narrateur omniscient. Il aurait été certes plus conséquent d’utiliser le « je » mais ce choix aurait sans doute entraîné des difficultés d’ordre narratif sans réel avantage pour la vraisemblance. Après tout, l’œuvre relève du conte mythologique et n’a aucune ambition d’évoquer le réel.
Pour le reste, les remarques formulées dans le commentaire de Glausgab, créateur du monde s’appliquent à Glausgab, le protecteur. À mi-chemin de cette deuxième partie, Glausgab se retire du monde et ce sont les récits de personnages secondaires, comme le trio composé de Magouis, Kayac et Sabadis, qui alimentent sa légende. Celle-ci repose sur sa générosité, sur son côté astucieux ou rusé (comme dans les contes de Ti-Jean) et sur sa sagesse. Le passage suivant illustre le sens de la déduction de Glausgab face à l’ensorceleuse Pitché qui cherche à l’embobiner. Il rappelle le fameux jugement de Salomon appelé à arbitrer un conflit entre deux femmes qui prétendent toutes les deux être la mère d’un bébé : « Milagouette n’est pas mon fils, explique Glausgab. S’il était mon fils, j’aurais couru vers le feu pour le sauver. Il n’est pas ton fils non plus. Si Milagouette était ton fils, tu l’aurais sauvé du feu avant de courir après Abistanouche. » (p. 31)
Entre récit étiologique (création des chutes Niagara), épopée mythologique et leçon de morale sans prétention, Glausgab, le protecteur déroule ses phrases avec entrain et simplicité tout en faisant œuvre utile pour la connaissance de la culture autochtone de l’Est du Canada.
En terminant, mentionnons que l’on comprend pourquoi l’auteur a choisi 1489 comme date d’arrivée de Glausgab en France. C’est une façon de renverser la perspective historique qui veut que Christophe Colomb ait découvert l’Amérique en 1492. Or c’est plutôt l’Amérique, par l’entremise de Glausgab, qui découvre l’Europe en 1489, invalidant ainsi le processus de colonisation des premiers occupants du territoire américain. [CJ]
