À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Du fond de sa prison, Bibi de Pampelune, professeur de langues anciennes à l’Anusversité du C.U.L. (Centre Universel de Lucidité), rédige le récit de ce qu’il a vécu après avoir franchi la ligne de démarcation du Fidesland, un lieu sacré et interdit depuis la défaite des Sapriens aux mains de son peuple, les Selects. Il rencontre sur ces terres fabuleuses une déesse saprienne, Bâl, qui lui subtilise son pénis. Elle le gratifie ensuite d’un engin de couleur noire et ils font l’amour. Après, il ne se souvient plus de rien.
Ayant purgé sa peine pour son délit de transgression, Bibi de Pampelune est prêt pour un grand voyage qui, espère-t-il, lui permettra d’écrire l’œuvre immense à laquelle il rêve.
Commentaires
Comme plusieurs universitaires qui pratiquent la fiction, Alexandre Amprimoz tente de réconcilier en lui l’écrivain (le conteur d’histoires) et le sémioticien. Il y réussit avec plus ou moins de bonheur dans « Le Grand Départ », le second prenant le pas sur le premier. De façon manifeste, l’auteur s’amuse dans ce récit échevelé et fourre-tout qui multiplie les digressions et les facéties narratives et stylistiques.
L’esprit ludique de la nouvelle, qui puise à diverses sources, se déploie dans une panoplie d’expérimentations formelles et de manières de dire : intertextualité foisonnante (clins d’œil à Gustave Flaubert, notamment), humour peu subtil dans les sigles (C.U.L., C.U.I.T., M.E.R.D.), abondance de néologismes, coquetteries orthographiques, réflexion sur les procédés narratifs, beaucoup de jeux de mots vaseux et de doubles sens à caractère érotique ou scatologique. Dans cette veine, on peut citer cette phrase : « Cela a bel et bien été prouvé par les théologiens du C.U.L. qui nous ont toujours dit qu’il n’y a que l’offrande qui compte. »
Obnubilé par la forme comme s’il se regardait écrire, Amprimoz néglige le contenu. On aurait aimé en apprendre davantage sur les Sapriens, vaincus mystérieusement par les Selects, et sur leurs mœurs. Était-ce un peuple d’amazones ou de féministes radicales comme le laissent entendre quelques commentaires machistes du narrateur ? On soupçonne là en germe un antagoniste basé sur le sexe, écho de la révolution féministe des années 1970, qui aurait mérité d’être développé.
À la fois narrateur et analyste de son écriture, Bibi de Pampelune mène le lecteur dans un univers où l’absurde et le grotesque sont la norme. La condition du protagoniste, pour le moins triviale, est au diapason : dépossédé de son organe viril, il se voit greffer un pénis noir. Certes, l’auteur ne se prend pas au sérieux mais l’impression qui reste à la lecture du « Grand Départ », c’est une confusion des genres, un texte expérimental un peu futile, une galéjade sur une civilisation humanoïde déliquescente d’une superficialité abyssale qui tend un miroir à la nôtre. En somme, Amprimoz a sacrifié la simplicité et la clarté à l’esbroufe. [CJ]
