À propos de cette édition

Éditeur
Leméac
Titre et numéro de la collection
Roman québécois - 51
Genre
Fantastique
Longueur
Roman
Format
Livre
Pagination
228
Lieu
Montréal
Année de parution
1981
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Greenwich Lapeau, un homme ordinaire, dans la trentaine, vit une période sombre. Il éprouve quelque trouble psychologique ou un malaise existentiel. Parti de chez lui, Amianteville, passé par Drumont, il arrive à Québec, où il reste un an avant de décider d’aller à Boston. Certains souvenirs et quelques sentiments ne le quittent pas, ils lui reviennent : de Calypse, une femme aimée avec qui il aurait eu un fils, Samuel, avant de la quitter ; de Goliatte, un frère décédé ; d’un ami suicidé et d’un ami mort, Renard et Château-Brillant.

Ces réminiscences le frappent d’une manière ambiguë : ainsi revoit-il ou croit-il revoir Calypse livide, les os sortis de la peau. Greenwich semble croire que la fuite l’aidera. Il n’arrive qu’à grand-peine à Boston (à mi-chemin du récit), « ville-refuge », après un arrêt de quelque temps à Lowell, Massachussetts. Cependant, rendu là, rien ne s’arrange : il aperçoit des morts-vivants, est victime d’une apparition, des fantômes le hantent. Sa peine s’aggrave quand une invasion de sauterelles mutantes frappe la capitale d’une des plus anciennes villes des États-Unis. Il finira en route pour le Mexique, après la fin de l’invasion qui dure quatre jours.

Commentaires

Ce roman peut sembler difficile à saisir. Pourtant, il se lit aisément. Mais le résumer ne va pas de soi dans la mesure où cette histoire se compose de faits, de rêves et d’hallucinations délicats à distinguer par moments, et que la chronologie déroute quelque peu. Le récit est diffracté, éclaté, composé d’allers-retours temporels et de changements de sens (ou sémantiques). À Boston, par exemple, Lapeau devient ou est devenu Poe, Greenwich Poe, par moments, sans explication, sinon celle qu’Edgar Poe est né à Boston, ce qu’un lecteur informé ou cultivé peut savoir. N’est-ce qu’un clin d’œil ou une forme d’humour ? Ce même lecteur soupçonne des jeux temporels, d’autant que le héros dispose de deux montres qui ne marquent jamais la même heure précise, et que son père était horloger, que son prénom, Greenwich, nom d’une ville qui marque le méridien connu, lui a été attribué par son grand-père paternel. En direction du Mexique, à la fin du roman, il prendra un autre nom : « Greenwich Lapeau, ou Poe, rebaptisé Piel pour les besoins de sa future citoyenneté mexicaine. » (p. 228)

Hallucinations ? Fantasmes ? Réalité perçue et décrite comme un phénomène fantastique ? Des fantômes empoisonnent l’existence de Greenwich. Le lecteur a le choix. La question se pose : science-fiction ou fantastique ? Ou bien une forme de roman d’anticipation ? Le lecteur que je suis se sent plutôt devant un roman à la Kerouac (né à Lowell, tiens, justement…). D’ailleurs, c’est ce que j’avais le sentiment de lire : une sorte de mythologie du voyage exploratoire, animé de découvertes à la fois intérieures ou biographiques, historiques et culturelles. Le héros quitte son coin de pays, parcourt la route, rencontre des gens qui lui rappellent les siens, ses proches et qui s’en distinguent.

Le roman de Bélil renvoie malgré lui ou volontairement à tel roman du grand Jack et au mouvement appelé la beat generation. Plusieurs pages, plusieurs segments ou scènes du roman nous touchent, des observations amusées, moqueuses ou critiques sur notre société. D’autres appartiennent sans équivoque au roman psychologique, par exemple quand Greenwich tente de saisir ce qu’a été et ce que devient sa vie. Disons-le sans reproche aucun : le lien avec le fantastique est faible par moments, et d’autant, répétons-le, que Greenwich peut bien n’être que victime ou sujet à des visions liées à un quelconque malaise (il parle parfois de sa maladie) ou à une nostalgie, ou à la possible faute commise envers son ancienne amoureuse ou amante, Calypse.

Roman très bien écrit, Greenwich se montre cependant sans grand intérêt romanesque, considéré en entier, et d’un lien très, mais très ténu avec le fantastique ou ses genres voisins. Une métaphore, des passages touchants sur les liens sentimentaux, sur le sens de notre existence, le passage du temps et la parentalité. Comme roman psychologique, une œuvre assez touchante ; comme roman fantastique, assez simple. [PG]

Prix et mentions

Prix Boréal 1982 ex æquo (Meilleur livre)

Références

  • Desmeules, Georges, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec VII, p. 417-418.
  • Janelle, Claude, Solaris 41, p. 23.
  • Pellerin, Gilles, imagine… 22, p. 37-42.
  • Pettigrew, Jean, imagine… 11, p. 33-34.