À propos de cette édition

Langue
Français
Éditeur
Seuil
Genre
Fantastique
Longueur
Novella
Format
Livre
Pagination
124
Lieu
Paris
Année de parution
1980
ISBN
2020054620
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Bernard et Christine vivent à Paris au début des années 1980. Ils vont se marier. Leur vie respire jusqu’à ce que Bernard voie dans le métro une jeune femme mystérieuse, qui obsède et enchante sur-le-champ le futur marié. Dès lors, Christine ne reconnaît plus son amoureux, « séquestré par un mauvais génie ». Ils se marient néanmoins. Mais Bernard tente désespérément de retrouver celle dont il apprendra le prénom : Héloïse. Il la voit au Jardin des Plantes, tard un soir, en train de sucer le sang d’un daim. Comprenant alors sa nature et ce qui les menace, son couple et lui, Bernard projette de tuer cette femme maléfique. Le contraire se produit : Héloïse tue Bernard, tandis qu’un camarade à elle, Bottereau, tue Christine. Les deux nouveaux mariés sont à leur tour transformés en morts-vivants.

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Commentaires

L’ouverture de ce roman marque un passé ambigu à travers la description d’un appartement parisien à la fois contemporain et daté, à l’ameublement ancien, au décor nostalgique, usé. Ce segment de quatre pages descriptives est le seul à porter un titre : « L’appartement », qui devient en quelque sorte un personnage idéalisé. Cette entrée en matière, comprend-on plus tard, décrit l’endroit où vivait Héloïse il y a longtemps, cent ans peut-être.
Très bref roman ou novella, Héloïse passe sans indication d’un narrateur abstrait (ou absent) à la voix de Bernard, par moments, puis à celle de Christine, plus rarement. Plusieurs paragraphes se composent de phrases nominales, brèves, sèches, qu’on croirait celles d’une ébauche, d’un plan de roman ou de scénario. Sans décevoir, ce procédé marque le récit : « Gare d’Austerlitz. Foule d’après le congé de Pentecôte. Fracas des machines. Mouvements de trains, de voitures et de métro. Voyageurs courbés sur leurs bagages. Transhumance humaine vers Paris. » (Boréal Compact, p. 17) Parfois, nous croirions à une phrase d’un scénario de film : « Nous voici sur la rive droite, tout près du Bois. » (p. 50) Cela produit un rythme saccadé.
Lecteur, nous comprenons à mi-chemin du livre quel rôle joue l’appartement initialement décrit. Christine, femme d’aujourd’hui, en veut un moderne, que le couple trouve et loue, avant que Bernard, ensorcelé, change d’idée. Héloïse lui fait involontairement renoncer au nouvel appartement, et le force à s’en procurer un autre, pas au goût de Christine : celui du début. Disons-le : l’enchantement qu’Héloïse jette sur Bernard provoque ce changement, lequel marque le passage affectif du présent vers le passé. L’autre ensorcellement est celui du désir et de l’amour. Bernard n’aime plus Christine, qui le sent.
Le lecteur devine ou découvre peu à peu la nature d’Héloïse et de Xavier Bottereau, parce que la narration jamais ne nomme cette nature curieuse : vampires, morts-vivants, revenants, sauf erreur ces termes n’apparaissent pas. Ces deux créatures ne supportent pas la lumière du jour ; devant un miroir, pas de reflet. Au terme ou vers la fin du roman, nous avons la certitude de leur nature fantastique ou néfaste. Jamais, en aucun cas, nos deux jeunes héros n’envisageront l’aide de qui que ce soit, ou de recourir à la loi ; ils se taisent.
Bernard est-il attachant ? Christine l’est davantage. Bernard, un passif qui échoue. Christine, active, échoue elle aussi, elle se donne par amour pour lui. Qu’ambitionne Bernard ? Que souhaite-t-il ? Nous ne le savons pas. Lui-même ne semble pas le savoir, sauf lorsqu’il voit Héloïse, qui donne son prénom comme titre du roman, ne l’oublions pas. A-t-il une famille, des frères et sœurs ? Il a une mère, morte deux ans plus tôt. Le père de Bernard a laissé son épouse il y a longtemps. Une figure paternelle, ici, c’est Bottereau, figure de père devant Héloïse.
Héloïse, un bon roman, sans plus. [PG]

Références

  • Émond, Maurice, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec VI, p. 385-387.
  • Janelle, Claude, Solaris 34, p. 12-13.