À propos de cette édition

Éditeur
Paulines
Titre et numéro de la collection
Jeunesse-pop - 68
Genre
Fantasy
Longueur
Novella
Format
Livre
Pagination
122
Lieu
Montréal
Année de parution
1990
ISBN
9782890396685
Support
Papier
Illustration

Résumé/Sommaire

Sur son lit de mort, la mère de Télem confie à son fils un anneau magique qu’elle a rapporté de l’un de ses voyages au loin où l’amenait régulièrement son métier d’antiquaire. Deux ans plus tard, alors qu’il apprend le métier de forgeron chez maître Rethren, Télem reçoit la visite d’un étranger à la recherche d’un objet rare qui aurait appartenu à sa mère. Il l’oriente sur une fausse piste mais le lendemain, l’adolescent est interpellé par une jeune femme qui le met en garde contre les agissements de Solimac, le visiteur de la veille. Ayant gagné la confiance de Télem, Arista l’entraîne vers Arieste afin de mettre l’anneau sous la protection d’un mage important. En cours de route, ils devront affronter les troupes ennemies du royaume d’Erkléion qui viennent d’envahir le pays pour contrecarrer leur voyage.

Après avoir saisi l’importance de l’anneau lors d’une confrontation avec Solimac et ses acolytes, Télem arrive en vue d’Arieste en compagnie d’Arista et de quelques magiciens noirs qu’il a convertis à l’enseignement de Qader qui prône un usage modéré et positif de la magie. Il rejoint dans l’enceinte fortifiée le mage Freya qui organise avec Herbald, le capitaine de la garde royale, la défense de la capitale. Il apprend aussi quel rôle il doit jouer en tant qu’héritier de l’anneau de Qader. Assiégée par les armées d’Erkléion, Arieste se défend de plus en plus difficilement. Télem comprend que la seule façon de sauver la ville est de faire échec aux trois Ducs-magiciens qui supportent par leur magie noire les assauts contre Arieste. Conjuguant ses dons naturels naguère insoupçonnés de magicien et le pouvoir magique de l’anneau, Télem affronte Prentziq et ses deux alliés qui tirent leur formidable puissance de l’Orbe de Galenschar réunie.

Commentaires

J’ai été étonné d’apprendre, comme bien d’autres sans doute, que le roman de Philippe Gauthier avait été choisi parmi les finalistes du Prix du Gouverneur général dans la catégorie littérature de jeunesse en 1990. Après avoir lu l’Héritage de Qader, je suis encore plus étonné. Qu’est-ce qui a bien pu séduire à ce point les membres du jury ? L’originalité de l’histoire ? Certainement pas. L’écriture ? Quelle écriture ? La simplicité du récit ? Oui, sans doute. Gauthier a eu la bonne idée, pour son premier roman, de ne pas voir trop grand, de s’en tenir à son propos principal de façon à éviter de se perdre dans des intrigues secondaires ou dans des constructions narratives trop complexes.

Le premier mérite de ce roman, c’est effectivement la simplicité narrative et la modestie. Le second mérite réside dans sa capacité d’échapper à l’univers très fermé de la fantasy où s’affrontent les forces du Bien et du Mal pour appliquer son propos à la science-fiction. Le roman se termine sur cette phrase : « Faire de la magie une science au service de l’homme, pas une technique sans âme et sans conscience. » En remplaçant le concept de magie par la notion de science, on peut dire que l’auteur énonce l’un des moteurs de la science-fiction.

Cependant, l’univers de la fantasy  étant celui de la lutte entre la magie blanche et la magie noire, entre l’équilibre et le chaos, il est très difficile de renouveler le genre, surtout pour un auteur débutant. Le récit de Gauthier ne démontre aucune originalité à cet égard. Ainsi, l’auteur utilise le procédé du songe pour faire connaître à son héros Télem le rôle qu’on attend de lui. De même, Gauthier lui fournit une épée magique, Aradril, indispensable accessoire des héros de fantasy. S’il y a une velléité de s’éloigner un tant soit peu des modèles établis, c’est ici qu’il faut la chercher. L’épée léguée par Rethren à Télem possède la singulière propriété de terrasser l’ennemi mais aussi de guérir les blessures ou les maladies. Cette vertu nourrit un beau paradoxe et contribue à nuancer la nature des objets qui, en soi, sont neutres. C’est l’usage qu’en font les hommes qui rend les objets bons ou mauvais.

Autre convention du genre à laquelle Philippe Gauthier succombe : l’idylle entre le héros adolescent et une jeune fille de son âge. En route vers Arieste, Télem rencontre une jeune magicienne, Alys, influencée par l’enseignement néfaste de Solimac. Il réussit à la convaincre que « la force fondamentale de l’univers n’est pas le chaos mais l’équilibre » et à en faire une disciple de la pensée de Qader. Il découvre aussi qu’il n’est pas insensible aux charmes d’Alys et que c’est réciproque. Rien à faire, les romanciers pour jeunes n’échappent pas à la tentation de faire vivre à leurs héros adolescents des situations qui seraient bien plus vraisemblables si elles étaient vécues par des adultes. La littérature pour jeunes en étant une d’initiation et d’apprentissage, doit-on s’étonner que la fantasy, qui met en scène un monde basé sur la connaissance et l’initiation, en rajoute ?

Mais au fond, l’originalité n’est pas la première qualité littéraire d’une œuvre. L’écriture a davantage d’importance. Elle peut imposer à elle seule un auteur. C’est là que l’inexpérience de Philippe Gauthier est la plus frappante. L’écriture est vraiment médiocre. Pourtant, je crois que l’auteur a un certain talent pour raconter une histoire mais il n’a pas encore développé des “habitudes de travail” comme on dit dans le milieu du hockey. Pour parler franchement, il fait preuve de paresse. On relève plusieurs phrases maladroites comme celle-ci dans son roman : « Télem ne fit pas que se faire des muscles et devenir moins chétif. » Il lui arrive à l’occasion d’utiliser deux fois le même mot dans la même phrase : « […] avait cherché à s’opposer à cette influence en lui opposant un mur de force magique brute. »

Il s’empêtre également dans des répétitions inutiles. À la page 119, il mentionne que personne dans la ville, sauf le roi et Herbald, ne sait que Freya est une magicienne. Or, il avait déjà fait cette révélation à la page 104. Ailleurs, ce sont les pléonasmes (« Le Conseil Intérieur est le conseil annuel qui réunissait chaque année ») ou les expressions familières qui introduisent un niveau de langage inapproprié (« La neige avait cessé. Il n’y en avait pas tellement épais… ») qui discréditent l’écriture.

Enfin, Gauthier commet un non-sens important dans la narration. Dans le dernier chapitre, il affirme que les feuilles des arbres ont poussé dans la nuit, en plein mois de novembre. Or, cette scène survient peu de temps après la bataille finale qui a eu lieu au début de décembre selon une information livrée à la page 104 – « […] les hommes avaient froid et le mois de décembre ne faisait que commencer. »

S’il avait apporté un soin particulier à ces différents aspects de l’écriture, Philippe Gauthier aurait produit un roman de meilleure qualité. À défaut de style, L’Héritage de Qader aurait pu compter au moins sur la compétence de l’écriture, condition minimale pour qu’un texte existe. [CJ]

  • Source : L'ASFFQ 1990, Le Passeur, p. 89-91.

Références

  • Anonyme, Vie pédagogique 72, p. 28.
  • Beauchesne, Yves, Des livres et des jeunes 39, p. 44.
  • Brodeur, Micheline P., Lurelu, vol. 13, n˚ 3, p. 10.
  • Le Brun, Claire, imagine… 54, p. 109-110.
  • Legault, Marie-André, La Presse, 27-01-1991, p. A 10.
  • Lewis, Philippe, Solaris 91, p. 47.
  • Pelletier, Francine, Færie 10, p. 37-38.
  • Sarfati, Sonia, La Presse, 14-07-1990, p. I 3.