À propos de cette édition

Éditeur
Québec français
Genre
Fantastique
Longueur
Courte nouvelle
Paru dans
Québec français 40
Pagination
57
Lieu
Sainte-Foy
Année de parution
1980

Résumé/Sommaire

Une femme est enfermée par choix dans un incubateur. Elle veut devenir une autre femme parce qu’elle n’aime pas ce qu’elle est. Une personne l’observe de l’extérieur et finit par fracasser la vitre qui la sépare de la femme car celle-ci lui fait signe de la rejoindre. La situation des deux personnages est maintenant inversée.

Commentaires

« Inédit » constitue un condensé de l’œuvre de Claudette Charbonneau-Tissot. L’enfermement, thème récurrent chez elle, est au cœur de ce court récit. Toutefois, ici, la femme décide de son enfermement afin de devenir autre, de vivre une seconde naissance, tandis que l’isolement est généralement imposé à la femme, dans l’œuvre de Charbonneau-Tissot, par le pouvoir institutionnel détenu par les hommes (l’hôpital psychiatrique ou la prison). L’enferment est une chose, mais le fait d’être privé de la parole représente une contrainte supplémentaire. La femme ne peut être entendue par celui ou celle qui se tient à l’extérieur de la serre chaude.
Ce qui est troublant, c’est qu’on ne sait pas si la personne en question est un homme ou une femme. On croit qu’il s’agit d’un homme – mais une lectrice aurait-elle la même impression ? – jusqu’à l’avant-dernière phrase, alors que ce personnage subit un renversement de situation : « Une autre femme prend ma place. » Tout laisse donc croire qu’il s’agit d’une femme mais cette transformation ne lui plaît pas : « Or moi j’aimais ce que j’étais. »
La finale est beaucoup plus forte si on pense que la personne qui observe la femme derrière la vitre de l’incubateur est un homme. C’est comme si l’auteure disait : « Voyez, les hommes, ce que c’est d’être une femme ! ». Si c’est une femme, par contre, la finale est décevante car une femme change de condition en piégeant une autre femme, ce qui va à l’encontre du combat féministe que l’auteure a mené tout au long de son œuvre.
Qu’un texte aussi court expose autant d’enjeux propres à la condition féminine constitue un tour de force en soi et témoigne de l’acuité de la pensée de l’auteure. [CJ]