À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Deux amants se rendent sur la planète Salimène pour y vivre une expérience qui, croient-ils, fortifiera leur amour. Ils veulent rencontrer des fantômes, ces créatures pensantes de l’espace dont la seule fonction connue est de faire l’amour avec des humains. La rencontre a lieu, puis les deux amants oublient l’existence de l’autre et se réfugient dans un centre de rêves.
Commentaires
« Je me souviendrai de toi… » est le premier texte de Guy Sirois qui fera équipe par la suite avec Jean Dion sous le pseudonyme de Michel Martin. L’auteur démontre déjà une belle maîtrise de l’écriture dans cette nouvelle qui distille un certain désenchantement face à la fragilité du sentiment amoureux. Après avoir eu un contact avec un des fantômes, ces « fugaces présences qui orbitaient » autour de la planète Salimène, les deux amants n’existent plus l’un pour l’autre, comme s’ils avaient pris conscience de leurs limites.
L’originalité de la nouvelle repose sur ces fantômes, sorte d’aurores boréales, dirait-on, dotées d’un esprit, dont la nature mystérieuse contribue à entretenir une atmosphère prégnante. Ces créatures créées semble-t-il uniquement pour faire l’amour suscitent une quête d’absolu chez le couple d’amants. L’échange sensuel avec le fantôme révèle à chacun le plaisir du corps, ce qui manquait à leur relation, présume-t-on. Mais la finale n’est-elle pas un aveu d’échec, un geste de démission ? L’homme et la femme s’enferment séparément dans un centre de rêves pour tenter de renouer leur relation amoureuse de façon virtuelle. On sent ici l’influence de Philip K. Dick, maître du simulacre et des rapports entre le réel et le virtuel.
La nouvelle de Sirois se présente comme une méditation douce-amère sur l’amour, un sentiment tiraillé entre le corps et l’esprit. C’est aussi en creux une métaphore sur le travail de l’écrivain, sur l’incapacité à traduire en mots le sentiment amoureux. À cet égard, les fantômes symbolisent parfaitement cette incapacité puisque les scientifiques n’arrivent pas à cerner leur nature. Comme l’amour réfractaire à toute analyse scientifique. [CJ]
