À propos de cette édition

Éditeur
imagine…
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
imagine… 75
Pagination
63-67
Lieu
Sainte-Foy
Année de parution
1996
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Maurice Belleau devait visiter Paris avec une amie. Mais à cause d’une dispute, il se retrouve seul à errer dans la foule de Parisiens qui l’étouffe. Alors qu’il visite une exposition au Grand Palais, il s’arrête devant la peinture La jeune fille au turban de Vermeer. Dès qu’il pose son regard sur cette toile, il lui est impossible d’en détacher son regard. Un vrai coup de foudre ! Se sentant plus vivant que jamais, il prend le cadre dans ses mains et l’emporte avec lui. Enfin, il n’est plus seul. Il a trouvé la Beauté, il sent qu’il est l’élu de cette déesse peinte. D’ailleurs, tous les gens qu’ils croisent disparaissent sous le puissant regard de la jeune fille au turban. Lorsqu’ils arrivent près de la Seine, elle ordonne à Maurice de la déposer sur un banc et de se jeter à l’eau. De se tuer par amour pour elle.

Commentaires

Pierre Chatillon, auteur prolifique, poète et musicien, a écrit ici une nouvelle courte et efficace qui abandonne le lecteur avec des sueurs froides, surtout au moment de cette finale qui laisse présager d’autres victimes puisque la peinture est désormais dans un endroit public, à la portée de tous. Et c’est avec grand plaisir que l’amateur de fantastique noir et d’épouvante accueille ces frissons recherchés. La thématique de l’amour (et ses possibles effets secondaires : l’aveuglement, l’exclusivité, la jalousie) lorsque celui-ci devient une obsession dangereuse est bien exploitée sans devenir moralisatrice. Lorsque deux êtres seuls se rencontrent, ils n’ont plus besoin de personne d’autre et s’enferment dans leur bulle autodestructrice. Le lecteur peut croire que les autres disparaissent vraiment sous le regard de la jeune fille au turban ou que c’est plutôt le pauvre Maurice qui ne les voit plus au fur et à mesure que l’emprise malsaine se referme sur lui.

Mais c’est tout de même un thème convenu en fantastique que cette emprise funeste d’une œuvre sur un individu, doublée de celle d’une femme fatale sur un homme qui la désire. Nous n’avons qu’à penser à certaines nouvelles de Maupassant, de Mérimée ou de Gautier… Malgré que cette peur universelle de la castration masculine par une tentatrice (humaine ou non, vivante ou non) ne date pas d’hier, Pierre Chatillon a écrit ici une version qui mérite d’être lue. [JR]

  • Source : L'ASFFQ 1996, Alire, p. 60.