À propos de cette édition

Éditeur
Alire
Titre et numéro de la collection
L'ASFFQ
Genre
Fantasy
Longueur
Novelette
Paru dans
L'Année 1997 de la science-fiction et du fantastique québécois
Pagination
239-253
Lieu
Québec
Année de parution
1999
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Adji est un guerrier respecté des siens. Il veille à la protection de son clan contre les bruns, obéit aux femmes qui disposent du savoir et de la sagesse. Ainsi vont les choses dans le monde du Sud. Mais l’arrivée d’un étranger vient tout changer. Isbaner fait entrevoir un avenir de paix et de conciliation entre les peuples. Les femmes adhèrent à cette vision. Adji la refuse. C’est un guerrier. Il défie l’autorité de la Grande Mère, feint le repentir pour mieux se rapprocher d’Isbaner qu’il tue sans le moindre remords, même s’il doit le payer de sa propre vie. Voilà son véritable jour de gloire, car Adji reste convaincu d’avoir sauvé le clan.

Commentaires

L’histoire se déroule dans le Sud des États-Unis, au Texas, dans un futur indéterminé. Une guerre aurait détruit le monde moderne et sa technologie de pointe. Bien des générations ont passé. Le clan d’Adji, dont les mœurs évoquent les sociétés primitives, vit dans l’isolement et la méfiance des bruns. La nouvelle s’ouvre d’ailleurs sur une scène de cannibalisme autour du corps d’un ennemi que l’on vient de sacrifier. Adji est acclamé par les siens : on lui offre le cœur de la victime plutôt que de le remettre aux femmes, signe d’une grande admiration. Car les femmes détiennent ici le véritable pouvoir. Nul n’oserait remettre en question les décisions de la Grande Mère. En fait, les femmes ont la connaissance du passé et de l’ailleurs (elles auraient un réseau secret de communication) ; et elles défendent des valeurs fondées sur la paix et le respect de l’autre. Mais alors, pourquoi relèguent-elles les hommes au rôle de guerrier ou de fécondateur ? Par sagesse ?

Sirois adopte une perspective intéressante, celle du guerrier Adji qui se voit repoussé dans l’ombre depuis l’arrivée de l’étranger complice des femmes (il porte leur insigne). Adji ne possède pas les clés qui lui permettraient de comprendre l’attitude de la Grande Mère envers Isbaner, ce missionnaire des temps nouveaux dont la venue était attendue. Aucun homme du clan ne semble en avoir entendu parler, et pourtant, sa renommée serait grande… Adji a grandi dans l’ignorance du passé, ne connaissant que le langage des armes et de la ruse. Il ne peut croire à l’alliance avec les bruns et aux échanges commerciaux avec les cités du Nord, comme il ne croit pas aux histoires des temps anciens que raconte Isbaner, malgré les objets qui en font foi (photo, pistolet, etc.). Bref, une certaine part d’ombre et de mystère persiste chez le lecteur puisqu’il est accroché à la pensée du guerrier, à sa perception biaisée de la réalité.

Ce texte de SF fait résonance à notre réalité sociale et historique. Comment ne pas penser à la conversion des Indiens lors de la conquête de l’Amérique… Sauf que la religion a fait place au libre-échange et à la fusion… Dans les deux cas : des promesses de salut, l’espoir d’une vie meilleure. Le missionnaire Isbaner propose en effet de regrouper les clans du Sud pour assurer une force face aux sociétés riches et plus développées du Nord (le Canada ?). La paix et la négociation doivent l’emporter sur la confrontation qui mène trop souvent à la guerre. Mais pour Adji, l’ouverture conduira à l’affaiblissement de sa race, puis à son extinction. Il préfère la mort au changement. « Jour de gloire » propose ainsi plusieurs pistes de réflexion, c’est ce qui en fait la richesse. Enfin, la place des femmes en ce monde futur suggère que le féminisme du XXe siècle a fait empreinte. Que dire de plus sinon qu’il nous tarde de lire Guy Sirois en recueil… [RP]

  • Source : L'ASFFQ 1999, Alire, p. 159-160.