À propos de cette édition

Éditeur
XYZ
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
XYZ 20
Pagination
62-67
Lieu
Montréal
Année de parution
1989
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Louis Morin est un lecteur boulimique. Mais voici qu’à trente ans, une profonde fatigue due à la lecture des Travailleurs de la mer de Hugo l’oblige à regarder le réel qui l’entoure. Et sa condition, qu’il remarque pour la première fois, ne l’enchante guère. Et puis, au lieu des joyeuses soirées en compagnie de Shakespeare, Villon et Ulysse, du roi Arthur, de Villon et de Menaud, ne voilà-t-il pas qu’Emma Bovary n’en finit plus d’agoniser sur son lit ?

N’en pouvant plus, Louis décide d’en finir. Il met le feu à sa misérable chambre encombrée de livres et, attendant la fin, termine le livre de Hugo. Mais comme avec son héros, assis dans son renfoncement et attendant la montée de la marée, Louis est peu à peu submergé par la mer qui éteint le feu.

Commentaires

C’est peut-être le meilleur texte de Pierre Chatillon depuis fort long­temps. Chose certaine, sa richesse, sa profondeur et l’exactitude de ses images en rendent la lecture passionnante. Quant à la dernière phrase, « Et dans la chambre, il n’y eut plus rien que la mer. », c’est une ouverture sur le cosmique, ni plus ni moins. Avouons que c’est rare dans le fantastique québécois, ce genre de percée !

Ce n’est pas la première fois qu’un auteur met de l’avant un « romanivore ». Cependant, l’intrusion aussi directe des imaginaires livres­ques dans la réalité du personnage m’apparaît originale. Et quelles images quand on voit Louis Morin jouer aux cartes avec le roi Arthur, François Villon et Menaud maître-draveur, ou Shakespeare palabrant la main posée sur son crâne de sortie !

Il y a aussi cette Emma Bovary qui agonise. Là, malgré la beauté de l’idée, je peine un peu à visualiser. Après tout, ne passe-t-elle pas l’hiver au complet chez Morin ? Est-ce que le passage de l’agonie revient sans cesse à cause de l’état dépressif de Morin, ou est-ce l’inverse, cette dépression qui ne peut s’achever à cause de cette femme toujours en douleurs ?

Pierre Chatillon a toujours joué avec l’imaginaire fantastique. Ici, il se place délibérément dans un ensemble à la fois fantastique et surréaliste. Et grâce à la justesse du ton et à la grandeur des images proposées, il arrive à faire partager à son lecteur – qui n’est peut-être pas encore romanivore – sa passion de la lecture qui, à n’en pas douter, est magnifique.

Enfin, il ne faut pas oublier ce passage à vide que nous présente l’auteur, ce moment où le réel vient nous accabler comme une douleur subtile, où son personnage prend conscience de sa pauvreté matérielle face à ses semblables qui ont, eux, accumulés biens sur biens. Le tragique de la fin entend-il affirmer que la passion immodérée de la lecture est aussi dommageable que l’alcoolisme ? Oui et non. Je pense plutôt que Chatillon nous donne une belle leçon de modération en nous démontrant où les excès, même les plus sains, peuvent amener ceux qui les commettent. [JPw]

  • Source : L'ASFFQ 1989, Le Passeur, p. 50-51.