À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Après plusieurs années à attendre en France son fiancé en service commandé en Nouvelle-France, Chantal de Chauveaux décide de traverser l’océan pour le rejoindre. Le vaisseau qui la transporte est attaqué par des pirates et Chantal est faite prisonnière. Se refusant au capitaine, elle est traînée sur le pont, déshabillée et fouettée. Échappant un instant à ses bourreaux, elle se jette à l’eau et se noie. Arrivé à proximité du rocher de Percé, le vaisseau-pirate est changé en rocher par le spectre de Chantal apparu sur l’immense monolithe.
Commentaires
Jean-Jacques Charland reprend ici le texte de Françoise, paru au début du XXe siècle, et y apporte quelques modifications dans le but évident d’en cacher la source :
• il retranche le préambule où Françoise évoque ses souvenirs d’un voyage en Gaspésie en 1896 ;
• le nom du fiancé, Raymond de Nérac dans la version originale, est changé pour Sylvain de Montreuil et celui de la fiancée, Blanche de Beaumont, pour Chantal de Chauveaux ;
• il conserve le récit de Chauveau mais Charland dit le tenir d’un vieil homme dont le père était un ami de Chauveau, alors que Françoise le recueille de la bouche même de Chauveau. Cet ajustement était nécessaire pour que l’informateur original soit un contemporain de Chauveau, compte tenu du temps (74 ans) qui sépare les deux versions.
Une autre différence majeure réside dans l’ajout d’un important passage qui fait suite à la capture de Chantal. Là où le récit de Françoise se montre très discret sur la captivité de Blanche, Chartrand se montre disert sur les outrages que le capitaine fait subir à la jeune femme. « Puisque tu n’as pas voulu m’appartenir, lança le capitaine, tu seras à tous ! ». Cette longue scène fait monter la tension dramatique et permet à l’auteur de souligner la détermination farouche de Chantal et de la représenter en figure héroïque. Par contre, cette sexualisation du châtiment de la jeune femme gomme l’aura romantique entourant le destin de Blanche car les causes du suicide de l’une et de l’autre ne sont pas de même nature : échapper à l’avilissement pour Chantal, mourir par amour pour Blanche.
Le texte de Chartrand pose en outre deux problèmes. Sur le plan littéraire, l’écriture de Chartrand jure avec la prose de Françoise, plus mesurée et légère. Chartrand a la main lourde et tombe dans la grandiloquence au point de devenir abscons. « L’aiguille ardente de sa féconde intelligence tourna une vie de rapides pensées. » Sur le plan éthique, son appropriation du texte de Françoise sans en mentionner le crédit, malgré les ajouts et coupures effectués, relève du plagiat pur et simple. À vue d’œil, au moins la moitié de la nouvelle reprend mot à mot la version de Françoise. Vraiment déplorable. [CJ]
