À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
L’Institut de Psychologie reçoit une lettre en provenance d’Amas II. Rédigée par le technicien de vaisseau Alex Leblanc, elle relate les événements survenus au cours des premiers jours de la mission de colonisation sur cette planète de la constellation du Réticule. Dès l’entrée dans l’atmosphère de l’astre, le biologiste Charles Beaulieu a commencé à ressentir des malaises. Son état de santé, apparemment lié aux conditions atmosphériques, s’est rapidement dégradé jusqu’à ce qu’on le trouve mort sur le bord d’un lac, le corps lacéré et piétiné.
Commentaires
À l’heure où les Autochtones investissent de plus en plus le champ littéraire, il n’est pas inutile de rappeler que Jean Ferguson fut l’un des premiers à le faire au cours des années 1970. Contrairement à son contemporain plus connu, Bernard Assiniwi, qui a fait œuvre d’historien (La Saga des Béothuks, 1996) et de médiateur culturel (Anish-Nah-Bé, 1971, Sagana, 1972) en puisant dans la tradition orale des contes et légendes algonkins, Ferguson a exploré les genres de l’imaginaire sans souci de pédagogie ou de sensibilisation à la culture autochtone. Ses nouvelles ne témoignent pas d’un mode de vie traditionnel, d’un passé tragique ou d’une perte d’identité, ce qui ne l’empêche pas d’avoir été fier de ses origines micmaques.
Par l’entremise d’une lettre – avouons l’incongruité de ce moyen de communication puisque le récit se déroule en l’an 5673 ! – rédigée par un des membres d’équipage sont rapportés les premiers jours de l’exploration d’une planète qui ressemble à la Terre, à quelques exceptions près : il n’y a pas d’arbres, que des herbes hautes ; la faune est à peu près inexistante, si ce n’est une sorte de petits rongeurs appelés « lapicerfs ».
La description de l’environnement suscite l’intérêt car c’est de là que provient le mystère. On s’interroge sur les propriétés d’Amas II qui semble capable d’induire des hallucinations visuelles et auditives chez les explorateurs terrestres. Faisant écho à la planète Solaris dans le roman éponyme de Stanislas Lem, Amas II réagit à la venue d’un corps étranger dans son atmosphère. Le narrateur voit un lien entre l’état physique du biologiste Charles Beaulieu et les conditions atmosphériques de la planète, celle-ci semblant se nourrir de l’énergie de l’homme. Pourquoi Beaulieu et pas un autre ? Pourquoi est-il le seul à être atteint ? Parce qu’il est biologiste, donc susceptible de découvrir comment elle fonctionne ? Le mystère demeure entier.
En filigrane de ce récit émerge un message écologique suggérant que l’homme corrompt la nature. La planète Amas II peut rappeler la Terre telle qu’elle était avant l’apparition de l’homme. L’allusion est particulièrement limpide quand le narrateur évoque des épisodes d’introduction désastreuse de chiens terriens dans des écosystèmes extraterrestres.
Si le titre de la nouvelle n’est pas très approprié – on ne ressent pas le délire de Charles Beaulieu et il n’est pas le seul à être témoin des incidents étranges –, il n’en demeure pas moins que la narration est bien menée et efficace, nonobstant le fait qu’elle est due, par convention, à un technicien de vaisseau et non à un écrivain… [CJ]
