À propos de cette édition

Éditeur
Hurtubise HMH
Titre et numéro de la série
Dan Rixes
Titre et numéro de la collection
HMH Jeunesse
Genre
Science-fiction
Longueur
Novella
Format
Livre
Pagination
143
Lieu
LaSalle
Année de parution
1992
ISBN
9782890459502
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Alors qu’il visite le mont Fuji au Japon, Dan Rixes est témoin d’un événement pour le moins inquiétant. Un vaisseau spatial apparaît dans le ciel et enlève des personnes tandis que d’autres sont tuées. Des scènes semblables se répètent un peu partout dans le monde. Dan rentre au Québec après une brève escale à Paris où il récupère un petit boîtier qui lui permet d’appeler mentalement un appareil caché sous le Sphinx en Égypte. Grâce à ce magnétoplane à bord duquel il prend place et qu’il manœuvre par la force de son esprit, Dan espère pouvoir intervenir rapidement sur les lieux où se manifestent les visiteurs de l’espace et entrer en communication avec eux pour connaître leurs intentions.

En compagnie de son amie Nathalie, il est bientôt mis en présence des Andromédiens, une race d’êtres supérieurs qui ont réussi à s’affranchir de la matière et qui prennent l’apparence d’une boule de lumière blanche. Dan comprend alors quel but anime les Andromédiens et pourquoi il existe des conflits et des guerres sur la planète. Même s’il partage la quête spirituelle des Andromédiens, Dan n’est pas prêt à quitter la Terre et désire poursuivre son propre cheminement sans brûler les étapes.

Commentaires

La première aventure de Dan Rixes remonte à 1989. Depuis ce temps, l’auteur, Alain Marillac, nous en livre deux ou trois par année. Différents critiques ont émis leur appréciation sur cette série. J’étais curieux d’y aller voir de plus près afin de me forger ma propre opinion.

Qu’est-ce qui fait que cette série perdure ? À vrai dire, je ne le sais trop même après la lecture de La Loi du miroir. Peut-être un besoin de spiritualité chez les jeunes ? La recherche d’une nouvelle religion qui sache canaliser les aspirations des adolescents en quête de dépassement à un moment de leur vie où ils se sentent mal dans leur peau ? Ce ne sont certainement pas l’action ou les rebondissements qui accrochent le lecteur dans cette série. Il est d’ailleurs abusif de parler des « aventures » de Dan Rixes puisque l’intrigue se réduit somme toute à bien peu de choses comme on peut le constater dans le résumé ci-haut.

Est-ce que le temps embellit les souvenirs ? Est-ce que les aventures de Bob Morane et de l’Ombre Jaune étaient aussi débiles ? Il me semble que non. Henri Vernes ne se servait pas de son héros pour passer des messages moralisateurs comme le fait Marillac. Dan Rixes est un héros “clean”, irréprochable, un missionnaire moderne de la bonne parole. Il ne lui viendrait pas à l’idée de flirter avec Nathalie même si celle-ci a tout pour séduire. L’illustration de la couverture nous la présente en mini-jupe, la jambe élancée et les épaules dégagées. Diablement séduisante dans ce décor qui ressemble à une piste de danse d’une discothèque à la mode !

Hélas, mes fantasmes étaient plus intéressants que les images que propose le récit de Marillac. Dan Rixes n’est pas James Bond, qu’on se le dise. La Loi du miroir pourrait être qualifié de SF ésotérique ou nouvel âge. L’histoire est un prétexte pour amener le lecteur à prendre conscience qu’il a encore beaucoup de chemin à parcourir pour parvenir à se dégager de la matière qui limite son évolution spirituelle. À cet égard, les Andromédiens présentés dans ce récit constituent un modèle d’évolution vers lequel les humains doivent tendre tout en suivant un cheminement qui leur est propre.

Cependant, l’auteur rappelle que le combat contre la matière n’est jamais définitivement gagné. Un groupe d’Andromédiens attirés par la matière et le pouvoir se révèle être à l’origine des désordres politiques qui secouent la planète. Ils utilisent les leaders charismatiques à leurs propres fins. Pour Marillac, il y a donc deux types de sectes : il y a les bonnes, celles qui sont sincères et il y a les mauvaises qui ne pensent qu’à asservir l’humain. Les chapitres 10 et 11 vont servir uniquement à illustrer ce propos et à accréditer cette dichotomie quand Nathalie et Dan vont rencontrer deux médiums.

Le message philosophique de Marillac n’est cependant pas sectaire. Le passage suivant l’exprime assez bien : « Un choix doit se faire totalement et en toute liberté ; alors seulement on peut le vivre. Mais un choix n’est pas forcément en totalité dans une seule voie, le chemin de certains peut se trouver en équilibre à la limite de deux autres, et cela doit être accepté par leur entourage. Chacun est responsable de sa direction, mais la vérité est sur toutes les routes. »

Au fond, je n’ai pas ici à débattre la pertinence du message du moment qu’il n’incite pas à la haine ou au racisme ou à la violence. Ce qui m’agace par contre, c’est l’incapacité de l’auteur à intégrer ses préoccupations dans un récit solide. L’intrigue est à peu près inexistante, ce qui ne l’empêche pas de comporter plusieurs invraisemblances. Comment Nathalie peut-elle avoir assez d’argent, avec son salaire de journaliste à la pige, pour se payer une maison écologique (géodésique) expérimentale grande comme un château ? Par ailleurs, le magnétoplane prend cinq minutes pour couvrir la distance entre Saint-Michel-des-Saints (dans les Laurentides) et Saint-Jean-sur-Richelieu alors qu’il n’a mis qu’une heure à franchir la distance entre l’Égypte et le Québec.

Le roman ne démarre véritablement qu’au chapitre 4, à la page 35, quand les interventions des Andromédiens sèment la panique dans la population. Ce qui précède est sans intérêt et ne contribue en rien à l’économie du roman. Ainsi, dans le chapitre 2, Dan et Nathalie font du tourisme au Japon. L’auteur nous donne un cours sur les mœurs japonaises en matière d’alimentation. Au chapitre 3, cours 101 sur le métier de journaliste que pratique Nathalie. Exercice didactique et verbiage inutile sur le code d’éthique du bon journaliste. En comparaison, la série télévisée Scoop est un chef-d'œuvre de subtilité.

Bref, La Loi du miroir apparaît comme un assemblage hétéroclite d’éléments que rien ne fait tenir ensemble parce que les lois minimales du récit littéraire sont bafouées. Ça sent l’improvisation à plein nez, le manque de rigueur intellectuelle. L’écriture aurait pu pallier en partie la pauvreté du projet romanesque. Elle est souvent maladroite (« il sauta dans un taxi qui le déposa dans le Marais, en bas de l’immeuble » alors qu’il aurait fallu dire « en face de l’immeuble »), d’une banalité affligeante et truffée de détails dont le lecteur n’a rien à foutre (« laissant aux balayeurs des rues, avec leurs balais d’un vert fluorescent »). Les personnages sont tout au plus des faire-valoir au service du message de l’auteur. Ce n’est pas en leur consacrant une fiche signalétique au début qu’ils acquièrent une quelconque dimension humaine.

C’est donc moins au niveau des idées qu’au niveau de la forme romanesque que La Loi du miroir distille une insatisfaction profonde. Alain Marillac devrait se demander sérieusement si le roman constitue le véhicule approprié pour propager ses idées. [CJ]

  • Source : L'ASFFQ 1992, Alire, p. 121-123.

Références

  • Anonyme, Littérature québécoise pour la jeunesse 1992, p. 22.