À propos de cette édition

Coauteur
Éditeur
La pleine lune
Genre
Hybride
Longueur
Recueil
Format
Livre
Pagination
155
Lieu
Montréal
Année de parution
1982
ISBN
2890240193
Support
Papier

Résumé/Sommaire

[11 FA ; 2 SF ; 10 HG]
La Louve-garou
Un cas de lycanthropie
Dossier suspendu
C'est beau le progrès
Le Fétichiste
Danger : désir de glace
Métro d'octobre
La Vie à cinq milles à l'heure
Home sweet home
Samedi tard
En attraction spéciale 
L'Autopsie de la papillonne
La Porte en dessous
Dieudonnée
Drôle de soirée
Les Amours noires d'encre
La Causeuse orientale
Chaque fois dans le noir
Le Soupçon
Destins croisés
Un 2 juin
Après la bombe N
Esquisses inachevées

Commentaires

La Louve-garou est un recueil écrit à quatre mains par les sœurs Claire Dé et Anne Dandurand, l’une et l’autre signant les nouvelles, au nombre de vingt-trois, généralement en alternance (chacune d’entre elles est signée par l’autrice). Si, comme les résumés en font foi, il n’y a que onze textes sur vingt-trois qui relèvent précisément du genre fantastique et deux de la science-fiction, cela n’empêche pas le recueil d’avoir une grande cohérence. En effet, la plupart des autres nouvelles mettent en scène des maniaques, des fétichistes ou des psychopathes qui poussent leurs manies à la limite de l’impensable.
Il est symptomatique de ce point de vue que la première nouvelle, éponyme, ne se classe pas parmi les textes fantastiques malgré son titre qui pourrait laisser croire qu’elle se classe dans cette catégorie. Cette histoire d’assassinats déments de couples en train de faire l’amour n’en est pourtant pas loin, d’autant plus qu’ils ont lieu la nuit, laissant imaginer que la meurtrière (la « louve-garou ») exprime alors une bestialité qui se déchaînerait à des moments précis : « J’attendais quelques victimes […] la nuit était propice, une pleine lune de juillet » (p. 11). 
La cohérence de l’ensemble tient aussi au fait que la dimension fantastique est souvent associée à des métamorphoses provoquées par un désir sexuel incontrôlable. Fantastique et érotisme se conjuguent, généralement pour aboutir à la mort, selon la traditionnelle tension entre éros et thanatos. Les pouvoirs magiques viennent souvent explicitement permettre les métamorphoses (en-dehors, bien sûr, de toute rationalité).
Ainsi en est-il par exemple dans « Home sweet home », une des meilleures réussites du recueil, quand une femme amoureuse parvient, grâce aux enseignements d’une tante, à pénétrer mentalement la maison de l’homme dont elle est follement amoureuse. Elle le rendra fou en multipliant les bruits étranges, dissonants, toujours dans des moments où la compagne de celui-ci est absente. Par conséquent, elle ne parvient pas à le croire quand il en parle. À bout de patience, elle quittera cet homme, Charles. Ayant enfin ce mâle en son unique possession, cette femme-maison décide de se consumer avec lui (« je me cadenassai solidement et m’incendiai », p. 63), vivant maintenant pour l’éternité un amour passionnel, brûlant, et le propriétaire de la maison devient littéralement « feu Charles ».
Quand l’étrangeté n’est pas provoquée par des métamorphoses, elle apparaît génétique (le corps plutôt monstrueux de Dieudonnée dans la nouvelle qui porte ce titre en est un bon exemple) ou alors infligée par des transformations sociales liées à la maladie. Si la plupart des nouvelles ne mettent en scène que deux ou trois individus, puisqu’encore une fois il s’agit généralement d’histoires de couple, il y a quelques rares exceptions comme dans « Un cas de lycanthropie » alors qu’un virus (du moins c’est ce qu’on peut imaginer) a transformé la société en un monde délétère : « De purulentes maladies leur fleurissaient les poumons, le sexe, la peau. Leurs cheveux tombaient. Les dents leur branlaient dans la bouche. » (p. 17)
Par ailleurs, les métamorphoses déclenchant souvent des modifications a priori plutôt répugnantes, l’érotisme que distille le recueil tient moins à l’attirance face à des beautés masculines ou féminines répondant à des critères traditionnels qu’à une fascination pour des différences, pour « un frisson nouveau », comme écrivait Victor Hugo à propos des Fleurs du mal de Charles Baudelaire. Car nous sommes bien ici dans une atmosphère vénéneuse où le mal fait fonction de nouvelle beauté.
Les textes sont généralement courts, très rarement plus de cinq ou six pages. Certaines nouvelles apparaissent plus faibles comme « Après la bombe N » et « Esquisses inachevées » qui viennent clore le recueil. Elles sont plus convenues et donnent une impression, justement pour reprendre partiellement un des titres, d’inachèvement. Cela dit, encore une fois, c’est la cohérence et la cohésion de l’ensemble qui impressionnent, des figures troublantes venant habiter les motifs du sexe et de la mort. [JFC]

Références

  • Gallant, Lyne, Dictionnaire des œuvres littéraires québécoises VII, p. 553-554.
  • Janelle, Claude, Solaris 48, p. 8-9.