À propos de cette édition

Éditeur
Odette
Titre et numéro de la collection
Desneiges
Genre
SFF
Longueur
Recueil
Format
Livre
Pagination
25
Lieu
s. l.
Année de parution
1993

Résumé/Sommaire

Commentaires

Daniel Sernine, dans sa préface à ce recueil, nous rappelle que le talent se développe mais que l’imagination est quelque chose de plus inné. Je concède à Bernard-Éric Malouin qu’il en a, de l’imagination, et quand je note qu’il avait dix-huit ans au moment de la parution de ce recueil, je suis enclin à davantage d’indulgence.

Néanmoins, je soupire en lisant la liste d’auteurs préférés de Malouin, où les noms les plus modernes sont Moorcock et Clarke. On ne sera pas surpris de constater que trois textes sur quatre de ce recueil dégagent un parfum assez vieillot merci. Leur narration à la première personne se justifie très mal dans deux cas sur trois. Conjuguez cela avec une narration qui met parfois la charrue avant les bœufs : on a l’impression d’une plume qui se cherche encore, d’un auteur à qui il reste à apprendre comment faire passer ses idées. Je dis quatre textes, mais le prologue (aux trois derniers textes) en constitue un cinquième : une mise en situation archi-classique, avec un auteur qui griffonne fébrilement avant que les terreurs de la nuit ne s’abattent sur lui. En rajoutant un épilogue, cela aurait au moins constitué un cadre, si convenu soit-il ; tel quel, c’est une latte de bois et un clou au mur. On s’en serait passé.

Le premier texte est sans nul doute le meilleur. « La Naissance d’un soleil noir », s’il débute dans un décor de fantasy fort convenu, s’en affranchit à la fin dans un élan d’imagination et parvient à évoquer l’émerveillement. C’est dans cette brève nouvelle qu’apparaissent le plus clairement l’impulsion créatrice et la joie des possibilités infinies qu’on espère retrouver dans des textes de ce genre.

Le seul élément fantastique de « Mon ami » est l’identité du narrateur : le chat de compagnie d’un homme décédé. L’histoire est relativement confuse et passe trop d’éléments sous silence, mais puisque c’est un félin qui raconte, hein…

« Le Cercle des damnés » joue avec le motif de l’objet maléfique et celui de l’homme trop curieux. L’influence lovecraftienne y transparaît par trop, lorsqu’on nous informe que le téméraire Lawrence Garfield s’adonnait à des rites occultes afin d’obtenir la faveur de divinités monstrueuses, détail qui n’a aucune influence sur le reste du texte. L’enchâssement des narrations (Lawrence résume au narrateur le contenu du manuscrit d’un missionnaire mystérieusement décédé) alourdit encore ce qui aurait dû être une histoire dépouillée, évocatrice de malaise.

« Le Chemin » repose sur une idée ingénieuse, mais comme ce retournement d’identité radical constitue la finale de l’histoire, tout le reste, déjà assez terne, en devient rétrospectivement encore moins intéressant. L’auteur a d’ailleurs fait un bien mauvais choix narratif en étirant sur deux pages les déambulations du narrateur avant de bien vouloir nous dévoiler la raison de sa présence en ces lieux. J’aurais souhaité qu’une direction littéraire plus stricte le force à nous dire dès les premières lignes que Gérémie était à la recherche de son ami disparu.

En somme, ce recueil ne bouleverse rien, mais laisse croire au potentiel de l’auteur. Potentiel qui ne semble, hélas ! pas s’être réalisé puisque Malouin n’a rien publié depuis. [YM]

  • Source : L'ASFFQ 1993, Alire, p. 124-126.