À propos de cette édition

Langue
Français
Éditeur
Requiem
Genre
Science-fiction
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Requiem 19
Pagination
8-11
Lieu
Longueuil
Année de parution
1978
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Aärne vit dans la colonie Mathinë 20. Enfreignant les consignes, il franchit régulièrement le Périmètre et se rend dans un village en ruines, au-delà des collines. Sensible à l’environnement de la planète, Aärne détecte un jour dans le bourdonnement d’un essaim d’olfits un avertissement pressant l’enjoignant de se réfugier dans les collines pour échapper au danger. Les adultes ne l’écoutent pas et Aärne s’enfuit. Cette nuit-là, à la faveur d’une éclipse de la lune principale, l’océan recouvre la colonie.

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Commentaires

« Marée haute » s’inscrit dans l’univers de Tyranaël mais ne compte pas à proprement parler parmi les quelques fragments (« Thalassa », « La Mer allée », « L’Ombre de l’arbre » et « Un bruit de pluie ») qu’Élisabeth Vonarburg a égrenés bien avant la publication intégrale de sa magistrale saga en 1996 et 1997. Le texte captive malgré le fait qu’il soit privé d’une mise en contexte globale. Sa réussite repose en grande partie sur le choix de l’enfant comme point focal de la nouvelle. L’écrivaine excelle en effet à se mettre dans la peau d’un enfant, et Aärne est un jeune garçon particulièrement curieux et sensible.
Aux adultes, il pose des questions embarrassantes car elles mettent à nu leurs valeurs basées sur l’ethnocentrisme, le repli sur soi et la duplication d’un modèle d’implantation unique, rigide. Aärne ne comprend pas pourquoi il faut arracher les herbes indigènes pour leur substituer les plantes importées de la planète mère, Mathi. Il se demande pourquoi les adultes chassent les essaims d’olfits alors qu’il pressent leur intelligence collective et leur tentative de communication avec lui.
Par la voix de l’enfant, Élisabeth Vonarburg s’interroge sur les effets de la colonisation d’une planète, sur les efforts pour reproduire un monde semblable à celui que les colons ont quitté sans tenir compte des particularités de la planète d’accueil. La résonance écologique du texte est doublée d’une réflexion sur l’altérité, qui ne passe pas cette fois-ci par la dissemblance entre les autochtones – on comprend qu’ils sont tous disparus il y a plus ou moins longtemps – et les colons, mais par la cohabitation de la flore indigène et des espèces végétales importées. Le rêve des colons de recréer la planète d’origine est-il légitime ? Pourquoi ne pas s’adapter à la nature de la planète plutôt que de tenter de la transformer en profondeur ? La catastrophe annoncée exprime éloquemment l’aveuglement des adultes qui, en vieillissant, ont perdu la faculté d’émerveillement de l’enfant et son ouverture d’esprit.
Dans l’œuvre d’Élisabeth Vonarburg, l’enfance est un moment privilégié, où tout est possible, car l’enfant n’a pas encore acquis les préjugés, les idées reçues et autres formatages de l’esprit qui viennent avec l’éducation.
Autonome et présentant un sous-texte riche, « Marée haute » ne peut que susciter le goût de découvrir l’univers de la planète Tyranaël dans son intégralité. Une occasion que le lecteur de 1978 a dû attendre pendant presque vingt ans. [CJ]

  • Source : Les Années d'éclosion (1970-1978), Alire, p. 409-410.