À propos de cette édition

Éditeur
VLB
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
En fraude dans le mouvement des autres
Pagination
115-125
Lieu
Montréal
Année de parution
1992

Résumé/Sommaire

À l’heure où le soleil descend vers l’horizon, un homme s’abandonne au spectacle lubrique qui s’anime sur le mur de sa chambre d’hôtel. Au bout de quelques jours, un monstre hideux remplace les créatures lascives et s’empare du regard de l’homme. Celui-ci sera trouvé mort après avoir chuté du troisième étage.

Commentaires

Il y a, dans le recueil de nouvelles de Jean Potvin, un côté jouissif qui s’exprime autant dans l’écriture que dans l’attitude des personnages. Ceux-ci affichent un anticonformisme rafraîchissant et une belle impudeur dans leurs rapports avec la société, notamment en matière de sexualité. La chair n’est pas triste chez Potvin, au contraire.

Aussi « Le Monstre en soi… », seule nouvelle fantastique du recueil En fraude dans le mouvement des autres bien que quelques-unes se situent aux frontières du genre, n’est pas un texte vraiment représentatif de la célébration dionysiaque de la chair à laquelle l’auteur se livre habituellement. Si le personnage principal de la nouvelle connaît une fin tragique, c’est qu’il est moins un acteur qu’un voyeur dans ses rapports avec les images érotiques qui prennent vie sur le mur de sa chambre. Or, dans les nouvelles de Potvin, les couples qui vivent librement leur sexualité au grand jour, au su et au vu des autres, sont représentés comme des célébrants de la beauté et de l’amour tandis que ceux qui assistent scandalisés à la fête d’Éros sont stigmatisés pour leur hypocrisie sociale.

Le fantastique, qui passe pour être un genre subversif, peut aussi à l’occasion se montrer moralisateur. Le monstre, qui ressemble à « un mollusque immense, flasque et trop tentaculaire », en hypnotisant le jeune homme traduit sans doute la mauvaise conscience, la culpabilité qui l’étouffe. Cette image du monstre n’est pas sans rappeler le nautile du roman Coquillage d’Esther Rochon et nous permet de mesurer l’audace de l’auteure qui n’a pas hésité à en faire un être porteur d’une sensualité et d’une sensibilité très positives.

L’esprit de Paul-André Bibeau – au fait, cet auteur se fait rare depuis quelques années – plane un peu au-dessus de cette nouvelle mais sans le parfum de religiosité chrétienne qui constitue sa marque de commerce. Toutefois, l’écriture de Potvin est davantage maîtrisée dans l’ensemble.

« Le Monstre en soi… » n’est pas la meilleure nouvelle du recueil. Je lui préfère de loin « Le V de la victoire », savoureux portrait de la monomanie sexuelle d’un couple bourgeois doublé d’une spirituelle démonstration de la « réversibilité du signe » ! [CJ]

  • Source : L'ASFFQ 1992, Alire, p. 162-163.