À propos de cette édition

Éditeur
La Presse
Genre
Science-fiction
Longueur
Roman
Format
Livre
Pagination
200
Lieu
Montréal
Année de parution
1979
ISBN
777702118
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Charles Tyler, un riche homme d’affaires de 48 ans, apprend qu’il est atteint d’une maladie dégénérative incurable peu de temps après avoir rencontré la femme de sa vie, Laureen. Il décide de se faire « cryogéniser » selon une nouvelle technique en attendant de trouver le remède à sa maladie. Il consulte des spécialistes en hibernation artificielle et l’un d’eux, le professeur Richard Morris, l’invite à visiter son installation. 
Lors de cette rencontre, Morris le drogue et l’attache à une table, dans son laboratoire, qui est reliée à trois appareils : un « létho-détecteur » qui repère les ondes des personnes près de mourir, un « projecteur d’esprit » qui projette l’esprit de Tyler dans le corps des personnes repérées et un « télé-récepteur » qui permet au scientifique de voir l’agonie dont souffre les personnes dans lesquelles l’esprit de sa victime est introduit. Il cherche ainsi à venger son père, le véritable inventeur de cette machine, qui voulait s’en servir dans le but d’éviter des décès. Vingt-trois ans auparavant, en 1950, Tyler, alors petit truand, a fait exploser l’avion transportant Henry Morris.
Ainsi, l’esprit de Charles est projeté successivement dans le corps d’un camionneur juste avant l’accident mortel, dans celui d’un contremaître épuisé qui tombe sur la scie de l’usine, dans le corps d’un dompteur face à six tigres qui l’attaquent, dans le corps d’un médecin qui tente de tirer un homme des flammes de sa maison, etc. D’abord très confus après chaque retour de son esprit dans son corps prisonnier, à la suite de la mort d’une des personnes condamnées, il finit par comprendre sa situation, surtout que Morris entreprend de lui expliquer avec un plaisir sadique le mal qu’il lui veut, le rendant responsable de tous les déboires de sa vie.
Tyler cherche un moyen d’échapper à ce martyre, mais il est bien enchaîné à la merci de son tortionnaire. Il s’essaie cependant à influencer l’esprit de son hôte pour lui éviter une mort certaine, mais ses efforts sont peu fructueux. Lors de sa dernière incursion, il entre dans le corps d’un pilote d’avion attaqué par des terroristes. Dans l’avion se trouve celle qu’il aime, Laureen. Il essaie de résister, mais une partie de l’avion explose. À ce moment, il voit à l’horizon le domaine de Morris et son laboratoire. Il y dirige l’avion qui pique du nez pour tuer le professeur et, du même coup, délivrer son esprit de son tourment. L’avion s’écrase et pulvérise tout.
Or, deux minutes plus tard, un chimiste reçoit un choc comme si quelqu’un essayait de communiquer avec lui avant de mourir brûlé par des acides. Peu après, un baigneur sent une présence et se noie, puis un concierge croit qu’une pensée étrangère s’immisce en lui avant d’être écrasé par l’ascenseur qu’il tente de réparer, et ainsi de suite.

Commentaires

La trame narrative de ce roman de science-fiction de Claude Mac Duff est tout à fait intéressante et singulière, défiant un des derniers tabous qui est la mort. L’œuvre se divise en trois parties encadrées par un avant-propos, un épilogue et un post-épilogue. Celle-ci révèle un important travail de découpage de la structure romanesque et un souci constant de l’auteur de ne pas perdre le lecteur dans le labyrinthe de son intrigue.
L’avant-propos contient la situation initiale et détermine le mobile de l’action du bourreau en relatant les circonstances de la mort du père, le professeur Henry Morris, en 1950. 

La première partie débute par un prologue narrant la première projection de l’esprit de Tyler, le narrateur interne héros, dans le corps d’un camionneur qui s’en va vers l’accident fatal. S’ensuivent 17 sous-parties dans lesquelles alternent les allers-retours de la victime dans les diverses personnes agonisantes et ses réveils dans le laboratoire où, d’une fois à l’autre, la prise de conscience de sa triste situation et le retour de ses souvenirs s’accroissent. Le crescendo est voulu par l’auteur, composé d’un dosage de répétitions de situations angoissantes et sanglantes et de retours, alors que le narrateur est immobilisé dans un lieu inconnu. Dans la dernière phase, Morris prend contact avec Tyler et lui explique la raison de son internement et le fonctionnement des diverses machines auxquelles il est rattaché.
Dans la deuxième partie, qui contient les chapitres 18 à 27, Charles est balloté entre les divers voyages dans des personnes vivant des situations accidentelles particulièrement brutales et ses reprises de connaissance dans son propre corps. Son état mental oscille entre l’apitoiement et la rage. À la fin du 22e chapitre, tout en majuscules, est décrit le deuxième événement qui va permettre le dénouement, soit sa présence cérébrale dans l’avion dans lequel se retrouve Laureen, la femme aimée qui pleure sa séparation d’avec Charles. Les majuscules reviennent dans la 25e section pour établir que des terroristes prennent le contrôle de l’appareil.
La troisième partie ne contient que le chapitre 28 dans lequel l’esprit de Charles est projeté dans le corps du pilote d’avion. Sachant que ses minutes sont comptées et voyant, malgré sa volonté, qu’il ne peut échapper à la mort, il décide d’en finir avec son supplice en choisissant de faire écraser l’avion qui se trouve, par un deus ex machina, dans les parages de sa cible.
L’épilogue, en italique, raconte l’écrasement de l’avion et la disparition des deux antagonistes. Il se termine par le titre du roman écrit, sans subtilité, en majuscules. Le post-épilogue, aussi en italique, laisse entendre que le processus enclenché n’est pas terminé et que l’esprit de Charles Tyler survit à la destruction de son corps et continue à voguer d’un mourant à un autre.  Ses projets s’avèrent des échecs complets.
Les différentes incarnations et désincarnations du personnage antihéros provoquent une répétition certaine de la description du processus et des pensées des personnages, même si les points de vue divergent et s’opposent. Les descriptions des accidents mortels sont souvent détaillées, très crues et sanglantes, exprimant le sadisme du vengeur et, peut-être en sous-entendu, le plaisir de l’auteur qui peut se le permettre dans la fiction… Les trépas surviennent par différents moyens, souvent les plus subits et terribles, surtout pour un ancien escroc retraité qui veut justement échapper à sa propre mort : des attaques armées, des explosions, des échappements d’acides, des agressions par des animaux, etc. L’ironie nuance toute cette macabre intrigue.
Remarque particulière : l’esprit du personnage principal ne se retrouve que dans des corps d’hommes et dans des espaces traditionnellement déterminés comme masculins : lieu de guerre, usine, souterrain, arène, piste de course, taverne, cockpit d’avion… Pas d’échanges de genres dans ces voyages astraux ; Mac Duff s’est-il seulement posé la question sur cette possibilité ou l’a-t-il écarté d’emblée ?  Peut-on juger la fin ironique ou romantique, puisque les deux amants meurent en même temps lors du même événement ? Par ailleurs, l’âme de l’homme semble prendre la poudre d’escampette et poursuivre son aventureux voyage dans un phénomène classique d’éternel recommencement. Le protagoniste, qui voulait fuir la mort, ne vivra que ce fatal phénomène à tout jamais et de « toutes » les « façons » possibles. Le double sens du titre est bien exploité par Mac Duff. [AL]

Références

  • Gouanvic, Jean-Marc, imagine… 7, p. 87-88.
  • Jahjah, Maher, Pour ta belle gueule d'ahuri 2, p. 37.
  • Lemieux, Jacques, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec VI, p. 546-547.
  • Spehner, Norbert, Requiem 26, p. 16.