À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
Jacques Dufrêne, professeur de psychologie, est transporté dans un autre univers dominé par un conseil de douze maîtres. Jacques n’a aucun souvenir de ce monde alors que les Élus qui l’accueillent lui rappellent qu’il se nomme Okand, qu’il revient d’une mission de reconnaissance sur la Terre et qu’il a une femme et deux enfants adoptifs. Jacques/Okand est initié aux lois qui régissent cette société évoluée, quoique inégalitaire, qui le rend de plus en plus mal à l’aise. Mais Jacques est-il vraiment Okand amnésique ?
Commentaires
Claude-Gérard Sarrazin, l’auteur de la série Les Atlantes, livre ici une nouvelle qui pourrait fort bien s’insérer dans ce monde mythique comme le suggère la dernière phrase du texte : « O Platon, viendrais-tu toi aussi de là-bas ? » On y fait la connaissance d’une caste supérieure qui possède des dons spécifiques à chacun des douze Élus. Leurs vêtements les distinguent des esclaves qui les servent : tuniques de velours richement parées de pierres précieuses.
Épousant le point de vue classique d’un visiteur qui découvre un nouveau monde, « Nouvelle ésotérique », publiée initialement sous le titre « Karma » en 1975, éveille dans un premier temps le Terrien à une réalité merveilleuse, voire paradisiaque, avant de percevoir l’envers du décor. Cette société qui se targue de ses connaissances et de ses réalisations est-elle vraiment supérieure, dans ses valeurs, à la civilisation des Terriens ? La manière dont elle traite ses esclaves – certains vont jusqu’à se livrer à l’anthropophagie sans qu’elle intervienne – et la concentration de la richesse et du pouvoir aux mains d’une infime minorité (12 maîtres et 48 Élus) ne sont-elles pas une façon pour l’auteur de renvoyer dos à dos deux sociétés qui comportent des aspects sombres et honteux ? Gare à l’orgueil des nantis et des puissants semble nous dire Claude-Gérard Sarrazin. L’évolution humaine a encore beaucoup de chemin à parcourir pour devenir un modèle d’équilibre.
L’auteur enveloppe d’un flou artistique le passage d’un monde à l’autre, ce qui risque de frustrer un lecteur qui recherche une certaine explication scientifique ou plausible. Toutefois, c’est le dénouement final qui met à mal la vraisemblance du récit. On y apprend que Jacques est le frère jumeau d’Okand, qu’il a été sacrifié, à sa naissance, au profit de son frère désigné Élu. Son âme a alors été envoyée sur Terre pour trouver un autre corps. Comment des êtres supposément d’une intelligence supérieure, dotés de pouvoirs psi, ont-ils pu être ainsi bernés et confondre Jacques avec Okand alors même que le Terrien affirme à plusieurs reprises ne pas connaître ce monde ?
Sans être remarquable, l’écriture de « Nouvelle ésotérique » s’avère agréable à condition de ne pas tenir compte de la lourde redondance des descriptions de vêtements et de parures ostentatoires. [CJ]
