À propos de cette édition

Résumé/Sommaire
Monsieur Clovis revient chez lui mais alors qu’il s’apprête à franchir la porte de sa maison, il se rend compte qu’il en sort. Croyant être victime d’une distraction, il répète la manœuvre à plusieurs reprises de diverses façons pour rentrer chez lui. Sans succès. Est-ce un champ magnétique qui l’en empêche ? Même l’armée ne parvient pas à entrer dans la maison mais elle détecte à l’infrarouge une présence à l’intérieur.
Commentaires
Je m’attendais à un texte expérimental comme ceux que Clodomir Sauvé a livrés (« Le Simulateur transchronique », « Phàhopfs pfühs ») dans les premiers temps d’imagine…, quand la revue se voulait avant-gardiste et ambitionnait de réinventer la science-fiction. C’est plutôt le contenu qui déroute dans « On n’a jamais su pourquoi… » et non l’écriture, somme toute conventionnelle. L’auteur associe dans ce texte deux concepts : la traversée du miroir et le voyage dans le temps. L’hybridation, à mon avis, débouche sur un échec littéraire, le topos science-fictionnel qui en découle n’étant pas suffisamment développé.
L’argument de départ apparaît fantastique, autant la situation décrite – l’impossibilité de rentrer chez soi – que le côté banalement quotidien de l’existence de Monsieur Clovis. L’évocation de Lewis Carroll et de la traversée du miroir conforte cette lecture mais quelques détails semés stratégiquement dans la nouvelle – la zone 26, l’Armée du Gouvernement Mondial, la peine de mort en cas de schizophrénie avérée promulguée par un décret récent, un écran de vidéophone – tirent graduellement celle-ci vers la science-fiction.
Le sésame de ce récit n’est donc pas l’incapacité de franchir le miroir mais plutôt le voyage dans le temps. L’occupant de la machine, laquelle semble s’être substituée à la résidence de Monsieur Clovis, aurait entrepris en 1972 un voyage dans le futur… Et c’est là que le lecteur est largué, que les questions sans réponses fusent, que la « logique de l’irrationnel » propre au fantastique cède le pas à une conclusion faussement (ou pseudo) rationnelle comme si le basculement du récit dans la SF expliquait tout. Au contraire, il épaissit le mystère. On n’a jamais su pourquoi… le voyageur, à l’arrivée, est condamné à vieillir de dix ans par jour. En outre, le changement de focalisation – le récit glisse du « il » au « je » à la fin –, si subtilement amené qu’il m’a échappé à la première lecture, suscite aussi des questions. Entre autres, Monsieur Clovis et le voyageur temporel sont-ils une seule et même personne ?
La nouvelle de Clodomir Sauvé ne me satisfait pas comme lecteur mais son imperfection même et son pari littéraire nourrissent une réflexion féconde malgré tout. [CJ]
- Source : Les Années d'éclosion (1970-1978), Alire, p. 354-355.