À propos de cette édition

Éditeur
Du Jour
Titre et numéro de la collection
Les romanciers du jour
Genre
Science-fiction
Longueur
Novella
Format
Livre
Pagination
91
Lieu
Montréal
Année de parution
1974
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Le vieil Horace a cinq fils. Le plus jeune, André, a décidé de se marier, faisant fi des avertissements de son père contre la perverse gent féminine. Son aîné, Arthur, est le seul à avoir un emploi ; ses trois frères plus vieux – Arsène, Brutus et Ezéchiel – passent leurs journées, tout comme leur père, à élaborer diverses machines allant du squelette qui bande à des variantes expérimentales de carburateurs.
Horace s’avise soudain qu’en quinze années de travail, ils n’ont rien accompli de valable. Il se décide à concevoir une machine à mouvement perpétuel, basée sur la force des marées. Le bedeau Tit-Coune l’espionne, ce qui lui vaut la visite de monsieur le curé. Ce dernier, déjà offensé par la marionnette égrillarde du squelette, se fâche carrément quand on aborde le sujet de la nouvelle machine : l’éternité, c’est son affaire à lui ! Horace refuse de cesser ses activités impies.
Peu après, un quatuor de malfrats débarque à la ferme, costards noirs et étuis à violon compris. Horace et ses fils défendent leur maison à coups de fusil, mais les bandits ont des mitraillettes et des grenades lacrymogènes. Ils s’emparent des plans de la machine.
Arthur observe les bandits en conciliabule avec le maire. Horace en déduit que tout ce monde, qui s’habille en noir, est de mèche. Réunis autour d’un narguilé fabriqué avec une boîte de conserve, les cinq hommes déclarent la guerre. Ils ajoutent à leur arsenal de calibre 12 une mitraillette à manivelle et surtout le lance-marde inventé par Brutus, abondamment fourni en munitions. L’assaut est lancé contre le presbytère où deux jeunes prêtres examinent les plans de la machine en compagnie du curé. Le lance-marde les réduit à l’impuissance ; la bonne parvient à se sauver en hurlant et donne l’alerte au village. Tout le monde s’organise pour sauver les malheureux prêtres ; les patenteux battent en retraite, maintenant qu’ils ont repris les précieux plans.
On les laissera tranquille par après, Horace ayant miné les environs de la ferme. En plus, l’hiver tarde à finir et la neige tombe à plein ciel. Horace s’est rendu compte que la force normale des marées sera insuffisante pour démarrer sa machine ; il étudie l’histoire mondiale pour y déceler des cycles d’amplitude des marées. Il découvre qu’on a droit tous les cent ans à un « maximum de maximum » ; cette année même sera la bonne !
Hélas, c’est un « maximum de maximum de maximum » qui s’annonce : un nouveau déluge se prépare. Les patenteux construisent un genre d’arche dans la grange tandis que la neige s’accumule en quantités prodigieuses pendant des semaines. Quand enfin le soleil se décide à briller, cela déclenche une fonte catastrophique. Tout est noyé, mais les cinq hommes et les animaux de ferme qu’ils ont embarqués survivent. Alors qu’ils flottent à la surface de l’océan, abrutis de fatigue, Arthur voit une soucoupe volante arriver. Un petit bonhomme vert en sort : il a été envoyé par son puissant maître pour prendre contact avec le grand savant Horace. Les cinq patenteux sont lévités à l’intérieur de la soucoupe, qui quitte la planète.

Commentaires

L’humour est un aspect particulièrement subjectif de la littérature. On s’entend que personne ne parlerait ici de finesse, même en oubliant le fameux lance-marde. Cela dit, même un humour de bas étage, loufoque ou carrément grotesque peut être réussi. L’aspect terroir du roman – caribou, bagosse, guéguerres de village, chicanes avec l’autorité religieuse – ne me déplaît pas. La discussion entre monsieur le curé et Horace constitue la meilleure partie du livre ; l’écriture y est alerte, les contrastes bien rendus. J’ai plus de mal avec le glissement vers le grotesque : l’arrivée des malfrats et l’assaut contre le presbytère m’ont paru trop ridicules pour que je puisse en rire.
Je reprocherai aussi au livre de ne pas tenir d’une pièce. La narration s’épuise trop vite. Après le retour triomphal des patenteux, l’action est relancée dans une direction différente et les autres personnages cessent d’avoir la moindre présence. Le motif du déluge sous forme d’une interminable tempête de neige est astucieux, mais son potentiel me semble un peu gaspillé. La fin est une simple pirouette narrative et il est dommage que quatre des cinq patenteux soient endormis et Arthur muet de stupéfaction quand on les amène dans la soucoupe : on perd la chance d’avoir le moindre dialogue pertinent. Pourtant, ce n’est pas comme si le livre était trop long ; d’autant plus que Moussette ne s’est pas privé de faire des digressions sans conséquence, comme dans la longue scène où Arthur prend la première douche de sa vie par suite des supplications de son patron.
Les Patenteux est un roman de SF ; pas seulement à cause de la soucoupe, mais bien parce que le moteur de l’intrigue reste un développement technologique révolutionnaire, quand bien même on parle d’une impossibilité, traitée sur un mode désinvolte. Cela dit, il me paraît d’abord un roman humoristique du terroir, qui verse dans la SF et le fantastique à la faveur de l’imagination débridée qui y préside et non pas à cause de l’intention fondamentale d’écrire de la SF. Je ne reprocherai à personne d’entrer dans la cathédrale SF par une porte de côté ; toutefois, ce roman de Marcel Moussette n’apporte guère à la constitution de la SFFQ. [YM]

  • Source : Les Années d'éclosion (1970-1978), Alire, p. 313-315.

Références

  • Anonyme, Dictionnaire des écrits de l'Ontario français, p. 641.
  • Dorion, Gilles, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec V, p. 664-665.
  • Spehner, Norbert, Requiem 3, p. 13.