À propos de cette édition

Éditeur
Pour ta belle gueule d'ahuri
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Pour ta belle gueule d'ahuri 4
Pagination
10
Lieu
Sainte-Foy
Année de parution
1980
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Après sa mort, le narrateur entreprend un chemin à rebours. Il reprend connaissance dans un corps de vieillard, puis remontre le temps jusqu’à sa naissance, se frayant un chemin d’un souvenir à l’autre. Les images se succèdent, de plus en plus rapidement. Au fil du temps, sa pensée se simplifie, son vocabulaire se perd jusqu’à ce que l’orthographe devienne approximative, puis que les mots disparaissent pour laisser place à une suite de sons.

Commentaires

Jean-Pierre April est un auteur très cérébral, particulièrement dans sa production des années 1980. C’est le cas ici avec « Plus je meurs, moins je parle ». L’histoire est somme toute assez mince. Plutôt que de verser dans le pathos qu’une telle histoire pourrait amener avec son lot de regrets et de remords, l’auteur la traite avec détachement. Résultat : on s’intéresse peu au personnage et les péripéties sont presque secondaires. Pourtant, il s’agit d’une nouvelle réussie. Si, dans certains romans de l’auteur, le manque d’empathie pour ses personnages m’avait dérangé, ce n’est pas le cas ici. Dans la forme courte, les forces de cet auteur prennent aisément le dessus.
La grande force d’April est sa façon de jouer avec les idées. Il peut prendre un concept somme toute assez simple, comme ici, et le creuser jusqu’au bout avec sérieux et application. Malgré le peu d’affects émotifs, on ressort de la lecture avec des images plein la tête. Chez April, il y a souvent un côté exploratoire autour de la langue et de l’écriture. L’intérêt de « Plus je meurs, moins je parle », c’est justement le jeu sur la langue. Le lecteur suit le fil des pensées du narrateur à mesure qu’il revient en arrière. En même temps qu’une réflexion sur la vie, l’auteur réfléchit (et fait réfléchir) sur la puissance des mots.
Sur le plan stylistique, le seul défaut que l’on peut noter dans « Plus je meurs, moins je parle », c’est que certaines transitions manquent de fluidité. Le narrateur se retrouve alors à dire les choses plutôt que de les vivre. « Et si je me disais que je suis mort depuis trente ans, est-ce que je pourrais accélérer ma régression ?... C’est ce qui se produit ; je me retrouve à moins cinquante ans... ».
April est un auteur qui n’a pas peur d’essayer des choses. Par contre, il a parfois tendance à essayer de trop en faire. Ce n’est pas dérangeant dans un court texte comme celui-ci, qui est d’abord et avant tout une exploration stylistique. En fait, cela contribue même au charme de cette histoire qui surnage dans la production générale de Pour ta belle gueule d’ahuri. [PLL]