À propos de cette édition

Langue
Français
Éditeur
Les Publications Ianus
Genre
Science-fiction
Longueur
Novelette
Paru dans
Orbite d'approche 1
Pagination
31-60
Lieu
Montréal
Année de parution
1992
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Depuis son retour du désert, Mashak ne cesse de hurler en courant à l’intérieur de Manoâr. Qu’a-t-il pu découvrir pour avoir ainsi basculé dans la folie ? Les hommes de Manoâr décident de le faire taire, de le tuer. La mort de Mashak trouble profondément Mospedeo, car les hommes ne meurent plus à Manoâr. Mais pourquoi ? Qu’attendent-ils ? Et depuis quand attendent-ils ? Mospedeo fouille son passé, en quête de réponses. Il découvre que douze siècles se sont écoulés depuis la « transformation », et que, dans un moment de folie, il y a très longtemps, les archives ont été détruites… À l’exemple de Mashak, Mospedeo quitte Manoâr pour s’aventurer en plein désert, pour savoir. Il trouve une oasis, un tombeau profané. À l’intérieur : le corps d’un être étrange, différent. Et Mospedeo redevient homme, se souvient.

Commentaires

« La Rose du désert » s’ouvre comme une déchirure. « Mashak était un cri brûlant. Il ne restait rien d’autre de lui. (…) Mashak n’était plus qu’un cri, un cri qui ne s’interrompait jamais. (…) Il y avait deux jours que le hurlement n’avait pas cessé. » Le trait est long et précis : le cri se détache avec netteté, fouillant au plus profond des hommes, entre les lézardes, réveillant une peur oubliée, un désir de violence que l’on croyait annihilé à jamais.

Manoâr est une ville fermée, érigée en plein désert, sur une planète inconnue, à une époque indéterminée. Y vit paisiblement un groupe restreint d’hommes mutants (mi-hommes, mi-machines). Mospedeo est Guetteur. Mais il ne sait plus ce qu’il surveille du haut de sa Tour. Manthéor, le chef patriarche, observe le soleil d’un lieu central nommé Paradis. Mais il ne sait plus pourquoi il observe, calcule, note, même s’il en sait un peu plus que d’autres, car Manthéor a réussi à préserver quelques biens, dans les caves de Paradis.

Personne ne se souvient de l’histoire de Manoâr, de son origine, du sens à donner à cette vie qui s’éternise. Le passage des millénaires a creusé des trous immenses, a vidé les hommes de leur identité, a effacé toute mémoire individuelle et collective. C’est le prix de la « transformation », de l’immortalité. Le cri de Mashak rappelle qu’il peut être lourd à porter.

« La Rose du désert » s’attache au trajet d’un personnage : Mospedeo. Il aura fallu une mort (celle de Mashak) pour que l’instinct de vie s’éveille en lui. Car vie et mort restent indissociables dans ce texte. Mospedeo s’engage dans un combat intérieur douloureux, dans une quête qui le mène aux confins de lui-même, de son passé. Il enfreint les lois du toucher, du silence, de la paix. Puis il franchit les murs de Manoâr, la Cité des anges morts, pour accéder à l’au-delà. Mais l’au-delà, c’est ici la vie, l’oasis au milieu du désert.

C’est à la vue du tombeau profané, révélant un corps féminin, que Mospedeo se souviendra de l’accident qui les avait projetés sur ce monde perdu, de la « transformation », du projet d’éliminer les femmes pour empêcher toute reproduction. Et de la fuite des femmes avec une poignée d’hommes. Mospedeo comprend alors que les descendants rebelles ont survécu. Que la vie l’a emporté sur la mort. L’oasis a surgi du désert.

Plusieurs thèmes chers à la science-fiction se trouvent ici traités par Meynard : la symbiose homme/machine et les problèmes de dualité profonde qui s’y trouvent liés, la quête de l’immortalité (confrontation vie/mort), la mémoire individuelle et collective (quête des origines, quête d’une identité). Que reste-t-il d’humain en ces êtres de Manoâr devenus immortels ? Le corps saura-t-il se souvenir ? La force de l’émotion ouvrira-t-elle à nouveau le chemin de la vie ?

« La Rose du désert » compte parmi les meilleures nouvelles de science-fiction publiées cette année. Meynard révèle une écriture maîtrisée, un imaginaire riche. Le regard est neuf, brillant, sensible. « La Rose du désert » est un long cri intérieur, un appel à l’amour, à la vie. [RP]

  • Source : L'ASFFQ 1992, Alire, p. 137-138.