À propos de cette édition

Éditeur
imagine…
Genre
Fantastique
Longueur
Courte nouvelle
Paru dans
imagine… 66
Pagination
47-50
Lieu
Sainte-Foy
Année de parution
1993
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Après avoir fait naufrage, deux hommes et un enfant se retrouvent sur une très petite île, déserte. Ils ont transporté sur l’île le corps de la mère de l’enfant, décédée lors du naufrage. Dès la première nuit, des événements étranges se produisent : on entend le cri d’un animal, mais l’île est trop petite pour en abriter ; le cadavre de la mère est dévoré ; les deux hommes disparaissent, à une nuit d’intervalle… L’enfant qu’ils ont recueilli est-il vraiment humain ?

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Commentaires

Bien que très courte (à peine trois pages et un quart), cette nouvelle de Claude Bolduc est d’une grande efficacité. Cela tient à plusieurs facteurs. Premièrement, Bolduc maîtrise l’art de l’écriture. Son récit est raconté sous forme de séquences très brèves, kaléidoscopiques, ce qui crée des images puissantes et évoque le rêve, ou plutôt le cauchemar. Ses phrases sont concises et vont droit à l’essentiel. En outre, les événements sont présentés du point de vue de l’enfant, ce qui apporte une dimension intéressante à la nouvelle. En effet, l’enfant raconte les choses de façon naïve, avec des formules qui nous font plusieurs fois sourire. Par exemple, lorsque les deux hommes qui l’ont recueilli avec eux sur l’île lui montrent à cueillir des fruits, l’enfant se fait les réflexions suivantes : « Moi j’aime pas les fruits. Maman disait que la viande c’est meilleur », « On a cueilli des fruits. Pouah. »

L’enfant ne se rend pas compte, consciemment, de ce qui se passe, mais ses phrases sèment petit à petit le doute en nous : « Oui, je souris beaucoup, je montre mes dents mais, non il fait noir, personne les voit. » Plus loin : « Je suis content, je montre mes dents je me redresse et regarde. Je sens. Les roches là-bas l’odeur est forte. L’autre côté le feu mais plus d’odeur. Beaucoup plus. Chaude. J’approche je sens j’entends boum-boum, boum-boum, boum-boum. Excité la lune j’ai faim d’odeur. »

Quand on réalise ce que les petites phrases enfantines du bambin sous-entendent, quand on comprend que c’est l’enfant qui est le monstre, l’humour et l’impression d’innocence, de candeur, font place à l’horreur. C’est surtout cette double coexistence de l’ingénuité et de la monstruosité, de l’humour et de la terreur, qui donne sa force au texte. D’ailleurs, ce dernier trait est caractéristique de l’œuvre de Bolduc. En bref, l’auteur n’a pas à rougir de cette nouvelle qui démontre une fois de plus, s’il en était encore besoin, pourquoi il est reconnu comme l’un des meilleurs créateurs fantastiques du Québec. [SN]

  • Source : L'ASFFQ 1993, Alire, p. 29.