À propos de cette édition

Éditeur
Actualité
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Actualité, vol. XII, n˚ 11
Pagination
62-67
Lieu
Montréal
Année de parution
1972

Résumé/Sommaire

Françoise Lavigne approche la trentaine, est mariée et a toujours mené une existence sage et routinière. Ce jour-là, toutefois, lorsqu’elle entre à 10 heures dans l’épicerie qui constitue son lieu de perdition hebdomadaire, son monde gris se colore et il lui prend l’envie d’oublier sa liste d’épicerie et de remplir son panier de produits de luxe. Lorsqu’elle en sort, tout lui paraît monotone. Elle regarde sa montre : 10 heures. À toute vitesse, elle rentre chez elle où chaque pièce lui est d’une aigreur suffocante. Elle ne prend le temps que de saisir un manteau et de l’argent et s’enfuit vers la gare, d’où elle prend un train vers une ville inconnue, près de la mer, convaincue qu’elle ne reviendra pas.

Commentaires

La nouvelle d’Angèle Rul-Angenot est bien ancrée dans son époque : ce que le personnage de Françoise Lavigne vit, c’est une révolution tranquille bien personnelle, déclenchée par un événement dont la réalité reste ambiguë. Est-elle entrée dans l’épicerie à 10 heures ? A-t-elle fait ces folles dépenses ? Tout porte à croire que c’est son imagination qui s’est emballée pendant quelques secondes qui lui ont paru deux heures, mais alors d’où lui viennent ces provisions qu’elle dépose en arrivant chez elle (si l’on admet qu’il ne s’agit pas d’une incohérence narrative) ?
À sa sortie du magasin, elle a aussi croisé successivement un homme et une femme étrangement gris et tristes, qui lui semblaient familiers sans qu’elle parvienne à les identifier. Ce n’est qu’une fois dans le train qu’elle comprendra avec effroi, en jetant un coup d’œil à une photo, qu’il s’agissait d’elle et de son mari. La réalité se mêle au fantasme dans une intrigue bien construite, où Rul-Angenot réussit avec brio à transmettre par le récit toute l’angoisse que peut ressentir une femme qui s’apprête à quitter la vingtaine dans un Québec en plein changement, après avoir trop longtemps caressé la rigueur et la retenue.
L’histoire – celle d’une femme qui décide de quitter son mari sur un coup de tête et de s’enfuir vers des ailleurs inconnus – ne brille pas par son originalité, mais le fantastique poétique qui la soutient permet au texte de passer du côté de l’œuvre ouverte. [CaJ]

  • Source : Les Années d'éclosion (1970-1978), Alire, p. 349.