À propos de cette édition

Éditeur
XYZ
Genre
Science-fiction
Longueur
Nouvelle
Paru dans
XYZ 35
Pagination
32-37
Lieu
Montréal
Année de parution
1993
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Après la mort de sa fille Sophie, survenue dans de cruelles circonstances, un homme confie sa douleur et sa révolte à son journal. Seule la musique de Schubert réussit à faire écho à sa souffrance. L’homme s’enferme dans ses appartements, dans ses souvenirs, révélant au fil des jours d’autres vérités sur la relation qu’il entretenait avec sa fille, d’autres violences secrètes. Le déséquilibre est profond. La haine, la peur et le désir s’emmêlent, conduisant finalement l’homme au viol de sa propre femme.

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Commentaires

C’est une nouvelle marquée par la violence que nous propose Michel Dufour : violence de rue dans un contexte sociopolitique corrompu, mais aussi violence intime qui déchire et détruit les êtres. Le portrait de société est sombre, pessimiste (injustice, détérioration des valeurs, jeux de pouvoir malsains). Et le viol comme l’inceste font étrangement écho aux désordres extérieurs.

Le journal tenu par le personnage s’étend sur treize jours. Les premiers jours montrent la douleur, la rage et l’impuissance ressenties par le père. Ils montrent aussi l’espace de plus en plus tangible entre le mari et sa femme. Par la musique de Schubert qu’il ne cesse d’écouter, l’homme cherche à renverser le silence de la mort, mais aussi à blesser, à frapper, à conquérir. Le désir d’agression est en lui : « je vais imposer Schubert, faire pénétrer son génie dans leurs cervelles pourries. » L’homme veut s’en prendre aux Têtes brûlées qu’il tient responsables du meurtre de sa fille. Mais pourquoi Sophie avait-elle adhéré à ce groupe de rue ? Pourquoi s’était-elle ainsi détachée de lui ?

Au fil des jours, la paranoïa augmente. Les Têtes brûlées rôdent constamment près de la maison. Les symptômes de détresse psychologique de l’homme s’aggravent. Devant l’inefficacité des policiers, il envisage de se faire justice. Les pulsions de mort l’envahissent en même temps que lui reviennent des images de sa relation incestueuse avec Sophie. Enfin, dans les derniers jours, l’homme se brise : sa femme le quitte pour se joindre à l’Instance Supérieure. Il voit là une deuxième trahison. Pris de panique, il frappe. Alors que Schubert joue à plein volume, il viole sauvagement sa femme dans la chambre de leur fille.

« Schubert D 810 » est une œuvre chargée d’émotion qui représente le déséquilibre d’un individu évoluant dans un monde désabusé (futur rapproché). Les êtres éclatent de l’intérieur, s’enfoncent dans leur propre douleur, au milieu d’une violence obsessionnelle. Par le regard du personnage mis en scène, nous découvrons la détresse et la tristesse de notre propre monde…

La forme du journal traduit très bien ici la fragmentation de l’univers intérieur. Chaque jour semble porter le poids d’une vie, le poids de l’absence. Pas de lyrisme. Bien sûr, il y a Schubert. Mais Schubert à lui seul ne peut rien contre la mort de l’âme. [RP]

  • Source : L'ASFFQ 1993, Alire, p. 77-78.