À propos de cette édition

Éditeur
Le Soleil
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Contes vrais
Pagination
113-139
Lieu
Québec
Année de parution
1899

Résumé/Sommaire

Un quart de siècle après leur aventure dans la maison hantée, le narrateur revoit Célestin, devenu riche, et Henriette Lépire, toujours folle. Pourtant, lui dit Célestin, la jeune femme a retrouvé la lucidité assez longtemps pour qu’il lui fasse la cour ; elle a sombré définitivement le jour où elle a vu avec quels écus il se proposait de payer son anneau de mariage.

Ces écus, Célestin les a trouvés dans la maison hantée. À son arrivée, un feu flambait dans l’âtre, sans bruit et sans chaleur. Il disparut sur un signe de croix de Célestin, qui attaqua aussitôt à la hache la grande pierre plate à la base de la cheminée. Des cris épouvantables s’élevèrent jusqu’à ce que la pierre fende. Là, dans une cavité, il a découvert le trésor de Babylas, mais aussi le terrible spectre de l’hôtelier meurtrier et voleur.

Commentaires

Suite directe du « Hibou », « Le Spectre de Babylas » montre le talent dont sait faire preuve LeMay lorsqu’il est temps de captiver son auditoire. Habilement, il nous ramène progressivement dans le temps, nous présentant d’abord une Henriette Lépire perdue dans sa folie et qui se croit au ciel, puis la jeune fille alors qu’elle est courtisée par Célestin, et enfin ce dernier lorsqu’il découvrit le trésor de Babylas, le lendemain même des événements rapportés dans la précédente nouvelle.

Tout en racontant la terrible rencontre qui expliquera enfin la « chance » de Célestin, le narrateur émaille son récit de réflexions sur les méfaits du progrès, la mollesse de la jeune génération ou l’inquiétant phénomène de l’exode vers les villes et, surtout, vers les États-Unis. Mais ces digressions, qui ralentissent le rythme, sont bien maîtrisées par l’auteur, qui fait dire à un certain moment à Célestin : « Une belle tirade, interrompit mon ami, c’est dommage que ta voix se perde dans la solitude des champs. » Mais justement, la voix ne s’est pas perdue, au contraire…

Quant à la rencontre de Célestin avec le fameux spectre de Babylas, elle montre comment LeMay possède bien son art. Dès l’entrée dans la maison hantée, l’atmosphère est extrêmement bien rendue et les phénomènes surnaturels s’enchaînent à merveille pour générer une tension de bon aloi. On aura même droit à un instructif dialogue entre Célestin et le spectre, qui nous éclairera beaucoup sur les conditions des damnés, mais aussi sur l’esprit subversif et éminemment caustique de l’auteur. Ainsi, à la question de savoir si on souffre beaucoup en enfer, le spectre « … répondit qu’il y avait des damnés qui s’y trouvaient mieux que sur la terre. Surtout les hommes qui avaient eu des femmes jalouses ou bavardes, et les femmes qui étaient demeurées incomprises ou avaient eu des maris… réfrigérants. » Plusieurs bonnes âmes de l’époque ont dû bondir en lisant cela ! [JPw]

  • Source : Le XIXe siècle fantastique en Amérique française, Alire, p. 126-127.