À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
[9 FA ; 18 HG]
Miroir, miroir
Fugue à une voix
Solo à deux voix
Chronique martiale
Bleues
L'Embarquement pour Cythère
Contretemps
Pavane
Six/huit
Point d'orgue
La Machination à explorer le temps
Coda
L'Univers en expansion
Vendredi Treize
D'âge moyen
Burlesque
L'Homme cet inconnu
Un homme averti
Trop longue histoire de la vérité
La Revue des troupes
Impression, soleil
Quelque part chaque nuit
Sanguine
Salomé
Ce soir à l'opéra
Miniature
L'Homme qui voulait vieillir
Autres parutions
Commentaires
« J'étais alors étudiant au deuxième cycle à l'Université Laval, le journal du matin avait annoncé pour le lendemain une grève des employés du transport en commun – le lien de cause à effet est d'une simplicité navrante : je comblais symboliquement ce qui me manquerait dans la réalité. La suspension du service fut longue, assez du moins pour que j'achève un recueil, Les Sporadiques Aventures de Guillaume Untel. »
Voilà ce que raconte Gilles Pellerin dans un article de la revue universitaire University of Toronto Quarterly publié en 1999. Avec ce fait divers en tête, il devient plus facile de mieux comprendre le contexte derrière l’écriture du premier recueil de nouvelles de cet auteur à la carrière foisonnante.
Les Sporadiques Aventures de Guillaume Untel sont divisées en trois parties. La première partie, « Dodécagonale : a piacere », est composée de douze nouvelles dont la plupart d’entre elles sont dédiées aux déplacements par autobus. D’ailleurs, avec plusieurs variations autour d’une même situation (l’arrivée de l’autobus, la montée des marches, l’introduction de la monnaie dans le réceptacle…), on se rend compte que l’auteur fait un clin d’œil à la musique, notamment avec des titres tels que « Fugue à une voix », « Solo à deux voix », ou « Contretemps ». Une démarche intellectuelle intéressante qui, par contre, pourrait dérouter certains lecteurs. Cependant, je salue le retournement de situation dans « Coda », qui ne se déroule pas dans un autobus, mais dans une voiture, alors que c’est la passagère qui harcèle le conducteur.
La deuxième partie, « Scherzo : les mystères “insolvables” », est davantage un regroupement de nouvelles légères et absurdes. Je pense entre autres à « L’Univers en expansion », qui joue sur les espaces, ou à la « Trop longue histoire de la vérité », qui est seulement un titre accompagné d’une page blanche. Par contre, ma préférence va à « Burlesque », avec cette idée amusante d’une banque qui conserve l’argent dans des bas de laine.
Enfin, la troisième partie, « Finale », regroupe les nouvelles les plus longues, mais aussi les mieux réussies à mes yeux. D’abord, « Impression, soleil », qui laisse derrière soi un sentiment amoureux doux-amer. Puis, la troublante nouvelle « Quelque part chaque nuit », la tragédie d’une femme agressée à quelques pas de sa maison. Il y a ensuite « Sanguine », ce récit d’un artiste tordu et de sa victime, attachée contre son gré pour le bien de l’art. Par la suite, « Salomé », nouvelle inspirée par une toile de Gustave Moreau, qui est malheureusement alourdie par un vocabulaire peu accessible. « Ce soir à l’opéra », nouvelle fantastique dans laquelle un spectateur se retrouve sur la scène et devient prisonnier de l’histoire. Il y a aussi « Miniature », ce récit d’un retraité reproduisant l’église Notre-Dame-de-Foy, un passionné des détails qui ira jusqu’à détruire son œuvre par le feu suite à l’incendie du 12 juin 1977. Enfin, la dernière nouvelle, « L’Homme qui voulait vieillir », la triste histoire d’un homme travaillant dans une papeterie, qui comptait ses jours jusqu’à sa retraite, pour finalement mourir quelques mois après sa dernière journée de travail.
À travers Les Sporadiques Aventures de Guillaume Untel, on assiste aux premiers pas d’un nouvelliste de talent. On relève l’importance de l’exercice de style, surtout lors de la première partie, ainsi que de nombreuses références culturelles. Références musicales, certes, mais aussi à la mythologie grecque (« L’Embarquement pour Cythère »), à la littérature (« La Machination à explorer le temps », « Vendredi Treize »), à la peinture (« Salomé ») ainsi qu’aux récits bibliques (« Ce Soir à l’opéra »). Une érudition manifeste qui peut décourager les lecteurs moins aguerris.
Dans l’écriture d’une nouvelle, la chute est la partie la plus importante, partie qui n’est pas tout à fait maîtrisée dans les nouvelles des Sporadiques Aventures de Guillaume Untel. Cependant, certaines touchent leur cible et restent dans notre mémoire pendant un bon moment, comme « Solo à deux voix » ou « Miniature ».
Quant aux nouvelles à connotation fantastique, certaines semblent sortir tout droit d’un rêve ; d’autres, d’un cauchemar. Dans la majorité des cas, nous retrouvons un côté absurde, alors que, dans un autobus, tout peut arriver : enrôlement militaire (« Chronique martiale »), danse, voyage vers l’au-delà (« L’Embarquement pour Cythère »), référence directe aux Sporadiques aventures… (« La Machination à explorer le temps »). Cette tendance pour les situations inattendues ne s’arrêtera pas là, considérant le thème de son second recueil de nouvelles, Ni le lieu ni l’heure, qui remportera le Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois en 1988.
En somme, Les Sporadiques Aventures de Guillaume Untel est une intéressante incursion dans l’imaginaire d’un jeune auteur, inspiré par les événements de sa vie, mais aussi par les nombreux recoins de la ville de Québec. [CH]
Références
- Audet, René, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec VII, p. 852-853.
- Bélil, Michel, imagine… 14, p. 149-150.
- Vonarburg, Élisabeth, Solaris 44, p. 7.


