À propos de cette édition

Éditeur
Le bel exil
Genre
Science-fiction
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Le Pacte
Pagination
19-24
Lieu
Québec
Année de parution
1991

Résumé/Sommaire

Un androtype raconte les débats et les conflits sociaux que l’apparition d’un troisième sexe a provoqués sur la Terre. Le sort de ses semblables n’est pas sans l’inquiéter, de même que ses propres conditions de vie.

Commentaires

Fabrice Laubier nous livre ici un texte intéressant qui foisonne d’idées stimulantes sur l’environnement social, sur les stéréotypes sexuels, sur l’intégration de la différence. Il montre avec à-propos comment l’apparition d’un troisième sexe – qui semble représenter une synthèse harmonieuse du masculin et du féminin, vieux rêve des utopistes féministes anglo-saxonnes et américaines – bouleverse les fondements même de la société en la forçant à s’interroger sur ses valeurs morales.

Si l’auteur a su anticiper la richesse de son sujet, il est loin d’en avoir épuisé tout le potentiel possible. Il y a dans cette nouvelle le germe d’un roman qui pourrait devenir le pendant québécois de La Main gauche de la nuit d’Ursula Le Guin si l’auteur consentait à développer une chronique sur les bases du synopsis qu’il a ébauché. Cela lui permettrait d’expliciter certaines affirmations qui semblent aller de soi (« Selon son sexe de période, l’androtype peut avoir huit relations distinctes avec des partenaires tous différents de sexe ») mais qui laissent le lecteur interdit, de creuser en profondeur des préoccupations déjà soulevées par un Guy Bouchard (« Faudra-t-il introduire un pronom neutre dans la langue pour les désier ? ») et, surtout, de donner à son récit une progression dramatique qui lui manque singulièrement.

L’auteur tombe dans le même piège dans « Royaume interdit » qui tient davantage de la para-utopie. La réflexion utopique y est riche mais le traitement, qui se veut une reconstitution fidèle de l’époque évoquée par le texte apocryphe découvert, sombre dans un académisme insupportable. L’entreprise de Laubier constitue un plaidoyer généreux en faveur de la pensée utopique, mais Dieu que c’est platte !

Comme tous les textes basés essentiellement sur les idées, « Le Troisième sexe » prend la forme d’un essai et néglige la dimension du personnage indispensable à la dramatisation du récit. Le narrateur, qui expose la condition des androtypes, demeure anonyme de sorte que sa situation précaire qui nous est révélée à la fin – il est en prison – ne nous touche guère. Elle n’a rien non plus de surprenant si on sait lire entre les lignes. Enfin, l’écriture, quoique très correcte, épouse le style monotone du compte rendu, ce qui me paraît un choix narratif très discutable quand on considère la situation du narrateur.

Mais soyons clair : il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain. Fabrice Laubier a quelque chose qui ne s’achète pas : des idées ! [CJ]

  • Source : L'ASFFQ 1991, Le Passeur, p. 105.