À propos de cette édition

Éditeur
Vents d'Ouest
Titre et numéro de la collection
Rafales
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Jeux d'adresses
Pagination
113-115
Lieu
Hull
Année de parution
1996
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Séducteur impénitent, Carlo Cinéas fait la rencontre de Romance Santini dans un restaurant. Après le souper, il la raccompagne et ils font l’amour sur une pierre tombale. Carlo est follement amoureux de sa conquête mais la belle est introuvable depuis. Il finit par comprendre qu’il est tombé sous le charme… d’une zombie.

Commentaires

Non, ce n’est pas un texte de Stanley Péan mais le lecteur ne sera pas étonné d’apprendre que l’auteur est haïtien d’origine, comme Péan. La nouvelle est fort courte mais les indices en ce sens ne manquent pas : une zombie, une formule magique propre à susciter chez la femme un désir incontrôlable et une obéissance totale (« Alecto, Mégère, Tisiphone ») et un protagoniste qui consulte un vaudouisant (un spécialiste du vaudou, faut-il comprendre).

Le lecteur est en présence ici du cas typique de l’arroseur arrosé. Le séducteur est victime du sort qu’il destinait à la belle, celle-ci ayant renversé le sortilège grâce à un « scapulaire chargé d’os et de charmes en poudre ». Mais c’est peut-être davantage l’amour qui aura scellé le destin de Carlo Cinéas car la pierre tombale sur laquelle Romance et lui consomment leur union porte l’inscription suivante :

On n’est plus maître de soi
Quand de l’amour on suit les lois

De là à considérer « Le Trompeur ensorcelé » comme une version haïtienne amusante du mythe de Don Juan, il n’y a qu’un pas que je n’hésite pas à franchir. J’oserais même dire que cette nouvelle est féministe car, de façon subversive peut-être, elle libère la femme de l’emprise séculaire de l’homme, ce que souligne le surnom ironique donné à Carlo par ses amis : ministre de la Condition féminine.

Mariage ou mort : tel est le (faux) dilemme auquel est confronté Carlo à la fin. Le choix est facile, sauf pour un séducteur impénitent ! Sourire en coin, Estigène propose une représentation du zombie qui n’a rien de rébarbative ou d’horrifiante, autre trait particulier de la culture populaire haïtienne qui ne dédaigne pas le tragi-comique. [CJ]

  • Source : L'ASFFQ 1996, Alire, p. 84.